Canadian Journal of Communication Vol 40 (2015) 315–332
©2015 Canadian Journal of Communication Corporation

Le quartier comme production culturelle:
du développement économique municipal au développement culturel des quartiers à Montréal


Martin Lussier
Université du Québec à Montréal

Martin Lussier est professeur au Département de communication sociale et publique, Université du Québec à Montréal. Il remercie de son appui le Fonds de recherche du Québec—Société et culture. Courriel : lussier.martin@uqam.ca .


ABSTRACT  During the last decade, urban planners and city councilors across the country have taken the “cultural turn.” In Montréal, this has led authorities to focus on citywide culture as a tool for enhancing creativity and for developing the economy of their municipality through the concept of “cultural poles.” But in the past few years, the attention of authorities has shifted from “poles” to “cultural quarters” (or “neighborhoods”), particularly through a new proposed action plan for cultural quarters. Basing itself on municipal documents, comments in the media, papers and reports, this article retraces the transformation from one concept to another as well as the interpretations and decisions that resulted from it. Echoing a larger process of municipalization of culture, the growing interest of Montréal’s authorities in policies that use quarters as an explicit object demonstrates a renewed and changing spatialization of cultural production.

KEYWORDS  Cultural policy; Discourse; Cultural quarters; Urban planning; Cultural poles; City

RÉSUMÉ  Au cours de la dernière décennie, les planificateurs urbains et les conseillers municipaux de partout au pays ont pris le « virage culturel ». À Montréal, ceci a poussé les autorités à se concentrer sur la culture « de toute la ville » comme outil pour stimuler la créativité et développer l’économie de leur municipalité, notamment par le biais du concept de « pôle culturel ». Mais depuis quelques années, l’attention des autorités s’est déplacée des pôles aux « quartiers culturels », en particulier dans le nouveau plan d’action pour les quartiers culturels. Partant des documents produits par les décideurs publics, des commentaires de journalistes, des mémoires et rapports déposés au cours de consultations publiques, cet article retrace le passage d’un concept à l’autre ainsi que les interprétations et décisions qui en ont découlé. Allant de pair avec un processus plus large de municipalisation de la culture, l’intérêt grandissant des autorités montréalaises pour des politiques qui ont les quartiers pour objet explicite témoigne d’une spatialisation changeante et renouvelée de la production culturelle.

MOTS CLÉS  Politique culturelle; Discours; Quartiers culturels; Planification urbaine; Pôles culturels; Ville


Au cours des dernières décennies, les quartiers ont fait l’objet de discours parfois contradictoires, parfois complémentaires, portant notamment sur leur place au cœur des métropoles. Pour certains, le quartier perdrait de l’importance au sein du tissu urbain. Dans un texte amplement cité, François Asher (1998) propose qu’une mobilité croissante des habitants de la ville entraîne une redéfinition de la place qu’occupe le quartier dans leur quotidien. Le diagnostic n’est pas nouveau : la pertinence même du quartier comme découpage spatial ou échelle territoriale d’analyse a été remise en question par des chercheurs de provenances disciplinaires diverses (Di Méo, 1993). Bien que la critique soit souvent fondée sur d’autres arguments que ceux d’Ascher, le constat est similaire : le quartier ne représente plus—et n’a peut-être jamais représenté—une échelle pertinente d’analyse ou d’ancrage significatif au quotidien. À cette lecture pessimiste du rôle du quartier au sein de la métropole, un autre discours en souligne au contraire sa pertinence, notamment comme lieu de socialisation et d’attachement pour les citoyens (Authier, 2008).

Malgré les doutes soulevés à son propos, le quartier s’est fait une place enviable dans le discours des autorités politiques et administratives des villes (Authier, 2002). Pour certains décideurs, non seulement est-il une échelle produite par les politiques publiques des municipalités, mais il est également un objet privilégié d’action culturelle : le quartier s’impose alors comme un « problème », il est un « quartier sensible », pour lequel un ensemble d’outils permettent une documentation et une intervention efficaces (Tissot, 2007). Pour d’autres, le quartier est plutôt une échelle plus favorable à l’établissement d’un rapport de proximité entre les autorités et les habitants : « [L]es décideurs politiques ont amorcé un mouvement de reterritorialisation de leurs programmes à l’échelle du quartier … dans une perspective plus large de décentralisation et de rapprochement entre l’administration et le citoyen » (Germain & Charbonneau, 1998, p. 3). Enfin, un avatar très prégnant du quartier au sein des politiques municipales est celui du « quartier culturel », pour lequel les études des dernières années décèlent un certain engouement (Evans, 2009). Ceux-ci sont décrits comme des outils des autorités municipales afin de créer des espaces dans la ville dédiés parfois au développement des industries culturelles, parfois à l’ancrage des activités culturelles des habitants, notamment (Legnér & Ponzini, 2009) :

[C]ultural quarters are often seen as part of a larger strategy integrating cultural and economic development … . In other words, cultural quarters tend to combine strategies for greater consumption of the arts and culture with cultural production and urban place making. (Montgomery, 2003, p. 293)

Ainsi, le quartier serait un outil privilégié des planificateurs municipaux, permettant d’offrir un cadre spatial au développement de la consommation et de la production culturelles, tout en contribuant aux stratégies de mise en marché des villes dans un contexte de compétition internationale.

Récemment, de nombreuses initiatives et développements urbains ont été annoncés sous l’appellation « quartier » à Montréal (Canada). Par exemple, nous pouvons penser aux projets de réaménagements urbains du Quartier des spectacles, annoncé en 2003 (visant notamment l’amélioration des accès aux salles de spectacles ainsi que l’aménagement de places publiques), du Quartier de l’innovation en 2011 (un projet de planification d’un secteur du centre-ville), et du Quartier international lancé en 1999 (visant à offrir un environnement au design exclusif par l’utilisation du mobilier urbain, de l’urbanisme, entre autres). Si les quartiers sont l’une des directions prises par les décideurs locaux afin de stimuler la production culturelle elle-même, notamment en appuyant les industries créatives et culturelles, il n’en demeure pas moins qu’ils représentent également et surtout eux-mêmes une forme de production culturelle. En effet, l’élaboration d’une partie de la ville en un quartier, l’objectivant—parfois même, la réifiant—en une réalité délimitée et autonome sur laquelle il est par la suite possible d’intervenir ou au sein de laquelle des variables, telles que des conditions spécifiques de développement des industries, sont créées et contrôlées, est tributaire d’un travail minutieux de négociation, de discussion et de construction conjointes d’une conception de ce qu’est le quartier et des dimensions qui valent la peine d’y être incluses. En ce sens, cet article fait l’hypothèse que la multiplication des projets de « quartiers » est symptomatique d’un processus plus large opérant à Montréal, faisant du quartier non seulement une échelle privilégiée d’intervention, mais également une « production culturelle » particulière. Il s’inscrit dans un projet plus large visant à comprendre les formes de l’organisation du champ culturel qui s’opère à Montréal, à l’image de nombreux autres territoires, et qui participe à l’installation de l’objet « culture ». Faisant appel à une série d’entretiens ainsi qu’à la constitution et l’analyse d’une archive hétérogène, cette recherche vise à cerner les éléments constitutifs de la « culture » comme objet discursif et les façons nouvelles par lesquelles celui-ci circule à Montréal.

Dans cet article, je m’intéresse particulièrement au cas de l’élaboration du Plan de mise en œuvre des Quartiers culturels par la Ville de Montréal en suivant une stratégie « d’événementialisation ». Précaution de méthode foucaldienne, l’événementialisation consiste à effectuer une « rupture d’évidence », à « … faire ressortir une singularité. Montrer que ce n’était pas “si nécessaire que ça” … » (Foucault, 1980, p. 842). Il s’agit ici de s’attarder aux processus variés qui participent à établir ce qui va de soi, et qui est souvent relégué au titre d’anecdote. En ce sens, cet article propose une analyse descriptive du processus de municipalisation de la culture au sein duquel l’apparition des quartiers culturels fait événement. Ainsi, plutôt que de s’interroger sur les « causes » de la transformation qui s’opérerait naturellement, il s’agit d’analyser le quartier culturel comme un événement, quelque chose qui aurait pu être tout autre n’eut été les évidences, familiarités et modes de pensée sur lesquels repose son apparition comme objet d’intérêt. L’événementialisation permet ainsi de retracer la constitution d’une signification des quartiers culturels, telle qu’elle s’est imposée à Montréal par les incertitudes dont elle fait l’objet, les variations dont elle témoigne et la façon dont les parties prenantes se positionnent. Au moyen des documents produits par les décideurs publics, les commentaires de journalistes, les mémoires déposés dans le cadre de différentes consultations ayant récemment eu cours à Montréal ainsi que de témoignages recueillis par voie d’entretien avec des acteurs du milieu culturel local, il s’agit alors de proposer un éclairage sur les interprétations et décisions qui leur font écho, formant les conditions de possibilité du travail et de la production culturels, mais aussi et surtout incarnant l’une des formes moins documentées de la production culturelle. Allant de pair avec un processus plus large de municipalisation de la culture, l’intérêt grandissant des autorités montréalaises pour des politiques qui ont les quartiers pour objet explicite (F. Dansereau & Germain, 2002) fait ainsi écho d’une part à une spatialisation changeante de la production culturelle et, d’autre part, à un travail de production discursive de l’objet « culture » de plus en plus complexe.

Municipalisation des politiques culturelles

Depuis quelques années, la culture gagne en importance comme objet d’intérêt et d’intervention des décideurs locaux. Que ce soit par des rapports, des développements urbanistiques, des règlements municipaux, des partenariats ou des politiques, ceux-ci expriment non seulement leur inclination à intervenir pour et par la culture, mais aussi leur légitimité à le faire (Hesmondhalgh & Pratt, 2005). En effet, la « ville créative » est devenue le paradigme dominant en planification urbaine (Krätke, 2011), notamment à la suite des travaux—contestés par ailleurs (par exemple, voir Peck, 2005)—de Richard Florida (2004) et Charles Landry (2000). Parfois qualifié de « tournant culturel » dans la planification urbaine (Mercer, 2010), cet intérêt renouvelé et largement partagé par des acteurs de partout sur la planète se développe, au Québec, dans un contexte de transfert accru des compétences politiques vers les localités, positionnant les décideurs municipaux au cœur du développement culturel. En effet, non seulement ceux-ci sont-ils inspirés par ce tournant culturel, mais ils ont également dorénavant l’autorité de proposer des actions conséquentes. Depuis une vingtaine d’années, le développement des politiques culturelles au Québec est marqué par une tendance à municipaliser les responsabilités et la prise de décision (de la Durantaye, 2002b; Lafortune & Racine, 2012). Ce processus de décentralisation a été amorcé avec l’adoption en 1992 de la première Politique culturelle québécoise, donnant aux centres de décisions locaux de plus grandes compétences dans des sphères d’activité liées à la culture (Grandmont, 2004; Saint-Pierre, 2003). Pour ce faire, elle prévoit, entre autres, des partenariats avec les municipalités sous prétexte que celles-ci par leur proximité avec les citoyens, sont des acteurs mieux à même d’assurer la mise en œuvre de la Politique à l’échelle locale.

Les effets de la Politique culturelle au niveau municipal ont été importants. En effet, suite au souhait qui y était exprimé que les ententes de partenariat « s’inscrivent dans le cadre des politiques culturelles dont elles [les municipalités] se seront dotées » (Québec, 1992, p. 135), de nombreuses municipalités se sont pourvues d’un tel cadre général. Ces ententes de partenariat ont servi de levier au développement local de politiques culturelles qui se sont multipliées depuis 1992, accélérant leur production jusqu’à faire passer leur nombre à 135 en 2008 (Béliveau-Paquin, 2008) et 154 en 2011 (Lafortune & Racine, 2012). Tout ceci participe d’une importante transformation dans la prise en charge de la culture au Québec :

In Québec and in Canada, we have witnessed a … transfer of responsibilities from the higher orders of government (federal and provincial) to local and regional administrations. In fact, Québec’s Cultural Policy of 1992 is characterized by a kind of municipalization of culture. (de la Durantaye, 2002b, p. 312)

En ce sens, cette transformation peut être comprise comme une forme de « municipalisation » de la culture, résultant d’une « révolution tranquille municipale » (de la Durantaye, 2002a) axée sur la décentralisation des responsabilités et de la prise de décision. Ainsi, par ce processus, la culture devient un objet dans le champ d’influence des municipalités qui, du coup, élargit l’éventail de leurs interventions possibles dans ce domaine au-delà de leurs actions traditionnelles (Saint-Pierre, 2004). Pour nombre d’entre elles, il s’agit également d’une occasion d’en stimuler « l’instrumentalisation » (Vivant, 2007) comme levier de redressement économique, de marketing territorial, de développement touristique, d’animation urbaine ou d’amélioration du cadre de vie de leurs citoyens (Béliveau-Paquin, 2008).

En janvier 2002, le processus de municipalisation de la culture est marqué par une réforme administrative initiée par le gouvernement provincial qui, suivant une tendance internationale, force la fusion de nombreuses villes québécoises. À terme, une partie du grand nombre de politiques culturelles locales doit être abandonnée et un processus d’harmonisation des programmes et règlements s’enclenche, notamment à Montréal. Nombre de villes fusionnées en profitent alors pour adopter une nouvelle politique culturelle afin d’en faire « un acteur de la construction politique des villes à l’avenir » (Breux & Collin, 2007, p. 24). Montréal n’y échappe pas. En effet dans les mois qui suivent la fusion, les autorités de la nouvelle ville organisent une série de consultations avec les acteurs des affaires, des représentants du milieu communautaire, des citoyens et des élus—l’importance de cette consultation sera même magnifiée par le maire du moment qui la qualifiera « d’acte fondateur de la nouvelle ville de Montréal » (Tremblay, dans Secrétariat du Sommet de Montréal, 2005.) Appelée le Sommet de Montréal, elle a permis « l’élaboration des grandes orientations et stratégies de développement de la nouvelle ville » (Saint-Pierre, 2004, p. 250). Dans les bilans médiatiques qui ont suivi, l’importance qu’a prise la culture dans les consultations est constamment soulignée. Des élus de la nouvelle ville s’expriment en ce sens [« Je peux affirmer que la culture a volé la vedette au Sommet de Montréal » (Fotopoulos, citée dans Brunet, 2002, p. E2)], tout comme le font les représentants de la délégation « culturelle » [« Je pense que la culture a été plus présente que jamais dans une discussion sur la ville » (Brault, cité dans Brunet, 2002, p. E2)]. En 2005, la Ville de Montréal donne suite au Sommet et adopte sa première politique culturelle suite à un long processus de consultation auprès des citoyens, des organismes locaux, des industries culturelles et des autorités de toutes sortes. De façon explicite, cette politique culturelle a pour mission de « contribuer à confirmer Montréal métropole culturelle d’envergure internationale » et affirme non seulement la responsabilité administrative des autorités municipales en matière de culture, mais également le rôle central qu’ils désirent lui accorder dans le développement de Montréal : « Par cette politique, Montréal affirme … que la culture est un moteur essentiel de son développement, de son dynamisme économique et de sa prospérité future » (Ville de Montréal, 2005, n. p.). Dans le cadre de la réorganisation municipale de 2002, la municipalisation de la culture entraîne donc, notamment à Montréal, en plus du transfert de responsabilités se traduisant en politique culturelle locale, l’inscription de celle-ci dans un projet plus large de développement social, urbain ou économique, par exemple.

Des pôles culturels

La municipalisation de la culture, à la fois en tant que processus de décentralisation et en tant qu’outil de développement, ouvre la voie à une série d’interventions utilisant la culture et la prenant pour objet : elle est à la fois le levier et la cible des décideurs. Dans le cadre des consultations publiques qui précédèrent l’adoption de la Politique de développement culturel de la Ville de Montréal en 2005, les autorités municipales déposèrent à titre de base de discussion un projet de politique largement inspiré des orientations proposées par le rapport d’un groupe-conseil mandaté en 2003. Parmi les 45 engagements qui s’y retrouvent—la politique adoptée un an plus tard en propose quant à elle 38—celui de « mettre en œuvre un plan d’intervention stratégique sur les pôles culturels » (Ville de Montréal, 2004, p. 28) a la particularité de viser une notion qui demeure nébuleuse, de l’aveu même du document. En effet, la proposition de politique souligne que le « concept de pôle culturel suscite, depuis plusieurs années, beaucoup d’intérêt. Le Sommet de Montréal en a fait un des projets intégrateurs et mobilisateurs de la nouvelle Ville. … Il est donc prioritaire de définir un cadre permettant de développer ce concept » (Ville de Montréal, 2004, p. 28). Par cette définition et celui du cadre qui permettra le développement d’initiatives conséquentes, les autorités municipales donnent corps à la municipalisation des politiques culturelles et en spatialisent l’objet d’une façon singulière. Mais celui-ci est également le lieu d’un processus de construction discursive, fondée sur un vocabulaire et des concepts qui lui sont propres, participant à la production d’une signification de la culture et de la politique qui la prennent pour objet.

Au cours des mois qui suivent, les autorités municipales font appel à une firme de service-conseil afin d’explorer et définir la notion de pôle culturel. Partant de la proposition de politique culturelle de la Ville de Montréal, le rapport qui en émane en arrive à une première définition : « Organiser spatialement l’offre artistique, culturelle et patrimoniale, favoriser sa concentration et rendre sa présence visible dans l’environnement des Montréalais de façon à faciliter l’accessibilité à la culture et sa consommation » (Daniel Arbour & Associés & Ville de Montréal, 2005, p. 7). Cette première proposition de définition du pôle culturel à Montréal permet déjà de situer le problème auquel celui-ci viendra proposer une solution : celui de « l’offre artistique, culturelle et patrimoniale ». Neuf propositions de définition du concept de pôle culturel sont mentionnées dans le rapport, dont trois sont retenues afin de créer une définition plus inclusive. Ainsi, la première conception définit le pôle culturel comme « organisation spatiale de l’offre ». À celle-ci, s’ajoute une deuxième conception des pôles culturels comme lieux et conditions de création. Enfin, les auteurs du rapport proposent de retenir une troisième conception du pôle culturel dans leur définition, en tant que « vecteur de la marque Montréal ». L’objectif est alors « [d’i]dentifier, développer et promouvoir les lieux de culture … où se crée et s’affirme, au niveau international, la marque Montréal » (Daniel Arbour & Associés et al., 2005, p. 11). Ces trois façons de concevoir les pôles culturels seront intégrées dans la définition proposée par les auteurs du rapport et reprise dans le document final de la Politique de développement culturel de Montréal, adopté en 2005 :

Un pôle culturel est un pôle d’accès à la culture, un pôle de création et de vie culturelle ou un pôle qui affirme le positionnement de Montréal dans le domaine culturel. Son importance peut être renforcée par sa valeur patrimoniale ou touristique, ses dimensions interculturelles, la présence d’activités de formation et de recherche en culture ou une contribution particulière au renforcement de la grappe des industries culturelles. (Daniel Arbour & Associés et al., 2005, p. 13)

Après la validation auprès de nombreux travailleurs des différents arrondissements de la Ville, le rapport concluait par la nécessité de consulter les parties prenantes pour assurer une même compréhension du concept de pôle culturel et une orientation cohérente par rapport à celle discutée au cours du Sommet en 2002. Un « acte de communication indispensable » selon les auteurs du rapport, qui sera mis en place par la Ville en 2009 et permettra le débat autour de l’attribution d’une signification commune à la notion de pôle culturel.

La validation et l’exploration des suites à donner à ce rapport ne font pas l’unanimité. Les commentaires recueillis auprès des acteurs touchés permettront d’en fixer une interprétation. En 2011, alors que la Ville de Montréal est en préparation d’un plan d’action pour les Quartiers culturels, des consultations auprès des citoyens sont lancées. Afin de nourrir les discussions, les autorités municipales rendent public un document d’orientation présentant les réflexions menées depuis 2009, dont une partie comporte les consultations recommandées dans le rapport. Parmi les problèmes rencontrés par le concept de pôle culturel tel que défini dans le rapport de 2005, la Ville reproche une définition qu’elle considère comme imprécise :

Au terme de cette étude, la notion de pôle culturel est demeurée, pour plusieurs, nébuleuse. Ainsi, pour certains arrondissements consultés, un pôle pouvait représenter l’ensemble de leur territoire, alors que pour d’autres, il concernait un équipement culturel délimité telle une salle de spectacles. Pour d’autres encore, un regroupement d’équipements culturels constituait un pôle culturel. … Au sein des arrondissements de même que chez plusieurs acteurs culturels qui se sont exprimés sur cette question, le pôle culturel laissait place à une interprétation à la fois vaste, variée et imprecise. (Ville de Montréal, 2011, pp. 15–16)

L’interprétation de ce qu’est un pôle culturel devient un enjeu pour les autorités municipales, qui la considèrent comme une « insuffisance du concept » (Ville de Montréal, 2011). Le trop large éventail d’interprétations est tributaire de l’échelle à laquelle les participants à la consultation se situent en tant que pôles—parfois un équipement permet de se considérer comme tel, d’autre fois le territoire complet de l’arrondissement justifie cette considération. En fait, « l’insuffisance du concept » se rapporte en partie aux conditions de participation à l’ensemble « pôle culturel », qui sont considérées comme inégales selon les acteurs consultés. Un équipement suffit-il? Un territoire peut-il servir d’ancrage? Quel regroupement d’équipements culturels permet de justifier l’étiquette « pôle culturel »? Et comment peut-on imaginer que ces différentes échelles et densités puissent justifier leur appartenance équivalente aux pôles culturels?

L’une des façons par lesquelles les différents documents disponibles concernant les pôles culturels à Montréal proposent d’assurer une interprétation moins « vaste, variée et imprécise » consiste à citer certains projets en exemple. En ce sens, le Quartier des spectacles est un exemple récurrent. En effet, ce projet urbanistique est souvent utilisé afin d’illustrer ce qu’est ou pourrait être un pôle culturel. Notamment, la Politique de développement culturel de Montréal soulignait que « [l]e territoire délimité par le projet de “Quartier des spectacles” est le plus important pôle culturel de Montréal » (Ville de Montréal, 2005, p. 63). Il est alors conçu comme l’incarnation la plus notable de ce que serait un pôle culturel à Montréal : « À l’échelle des pôles culturels, le Quartier des spectacles est à Montréal ce que la métropole est au Québec » (PQDS, 2011, p. 9). Le Quartier des spectacles agit en cela comme « haut lieu », ou « lieu construit pour l’exemple », qui propose un prototype en pointant « vers une série virtuelle » (Micoud, 2010, p. 115). Pour André Micoud, le haut lieu permet ainsi d’illustrer l’existence d’un problème par sa concrétisation dans des solutions possibles. D’ailleurs, pour les autorités municipales, le Quartier des spectacles apparaît comme un prototype de quelque chose en devenir qui « a ouvert la voie à une nouvelle manière de faire du développement urbain à Montréal … » (Ville de Montréal, 2011, p. 16), considéré comme un « modèle » (Coljon, 2009) inspirant de ce qui pourrait advenir. Il est un prototype digne d’être calqué. Du coup, le Quartier des spectacles est un modèle à suivre exceptionnel : il est une forme d’avant-garde dans la planification urbaine à Montréal, de ce que serait et ce qu’impliquerait un pôle culturel « parce que là s’y invente des formes inédites » (Micoud, dans Dejeans, Dumain, & Lambelet, 2006). Son exceptionnalité s’exprime ainsi non pas dans une caractéristique spécifique, mais dans son existence même : comme il a déjà été souligné, il est fondé sur un concept « insuffisant », permettant des interprétations trop « vastes, variées et imprécises ».

La mise en quartier de Montréal

Avec l’adoption de la Politique de développement culturel de Montréal, le Quartier des spectacles devient le premier pas dans le déplacement de l’attention des décideurs municipaux des pôles aux quartiers culturels. En effet, la Politique de développement culturel de la Ville de Montréal souligne, par exemple, que l’appellation même du Quartier des spectacles a eu une incidence sur la signification qui commence à émerger :

Réfléchir à un « Quartier des spectacles » plutôt qu’à un simple regroupement de salles de spectacle a eu pour heureuse conséquence de mettre l’accent sur des enjeux de développement culturel et d’aménagement urbain, puis de jeter les bases d’un partenariat entre la Ville, l’industrie du spectacle, les autres acteurs du quartier et les gouvernements. (Ville de Montréal, 2005, p. 63)

L’utilisation du Quartier des spectacles pour réduire l’incertitude rattachée à l’interprétation du concept de pôle culturel est non seulement une « illustration », mais aussi suscite de nouvelles significations et de nouveaux interlocuteurs qui auront un impact important dans le processus de municipalisation de la culture : l’apparition du quartier comme objet d’intervention.

Dans le document d’orientation, les décideurs soulignent la façon dont cet intérêt récent est tributaire du déplacement de leur regard au-delà de la notion de pôle culturel :

Le quartier culturel, comparativement au pôle culturel, ne fait pas uniquement référence aux fonctions de création, production et diffusion artistiques. Il met aussi en valeur et intègre des éléments patrimoniaux, architecturaux, environnementaux, naturels, commerciaux, ethnoculturels et scientifiques, et fait appel à une pluralité d’intervenants locaux. Depuis 2005, nous sommes donc passés d’un espace culturel de création, production et diffusion à un espace culturel urbain aux multiples facettes. (Ville de Montréal, 2011, p. 15).

La conception qu’envisage alors la municipalité est fondée sur celle de pôle culturel, bien que celle-ci demeure sujette à des interprétations « vastes, variées et imprécises ». À cela, l’appellation « quartier » associée au Quartier des spectacles a permis d’ajouter aux significations plurielles du pôle culturel. L’une des conséquences de cet ajout est de bonifier l’éventail d’interventions des décideurs montréalais. Nombreux sont les énoncés du document d’orientation témoignant des compétences plus larges que vise le plan d’action pour les quartiers culturels : par exemple, « un espace culturel urbain aux multiples facettes », « pas uniquement », etc. Commentant une liste de dix-huit caractéristiques des quartiers culturels résumant en partie le travail de consultation réalisé en amont par les rédacteurs du document d’orientation, ceux-ci en concluent que le déplacement du regard n’a pas épuisé la multiplicité des significations. Au contraire, le projet de développer les quartiers culturels aurait « un caractère multiforme », fondé sur des variables bigarrées. À cela, les auteurs du document concluent : « La définition d’un quartier culturel continuera de se préciser à partir de la vision et de la mobilisation des intervenants et de leur volonté de travailler ensemble pour consolider et développer de tels secteurs à Montréal » (Ville de Montréal, 2011, p. 35). Ainsi, tout comme dans le cas des pôles, la définition des quartiers culturels—ainsi que les limites possibles de l’intervention qu’elle entraîne—est laissée en suspens. Dans ce contexte, les différents mémoires déposés dans le cadre de la consultation participeront aussi à la préciser.

Dans le cadre des consultations, la Ville de Montréal souligne qu’elle « adhère » à la définition des quartiers culturels proposée par Culture Montréal—un organisme citoyen fondé en 2002 pour servir de « lieu de réflexion, de concertation et d’intervention » (culturemontreal.ca)—issue des discussions de ses membres lors de son assemblée générale en octobre 2010 :

Un milieu de vie animé, où la présence des arts et de la culture est reconnue comme une contribution essentielle au développement harmonieux des communautés locales, notamment en ce qui a trait au sentiment d’appartenance, à la vitalité économique, aux relations entre citoyens, à la qualité du milieu de vie, etc. (Culture Montréal, 2010a, p. 2; voir aussi Ville de Montréal, 2011)

Cette proposition de Culture Montréal est le résultat d’une première vague de consultations sur les quartiers culturels menée par l’organisme. Quelques semaines avant l’assemblée générale de laquelle est issue cette définition, un « sondage éclair » est fait auprès des 866 membres de l’organisme en règle ou en traitement. En une semaine, l’organisme obtient 191 réponses, qui serviront de base aux débats en assemblée générale (Culture Montréal, 2010b). Cette première consultation sur les quartiers culturels permet à l’organisme non seulement d’en établir l’importance pour sa démarche générale, mais également d’amorcer un processus de consultation plus large. En effet, Culture Montréal organise, entre autres, une série de sept cafés citoyens sur le territoire de la ville où les participants sont invités à se prononcer sur les rapports multiples que leur quartier entretient avec le Plan d’action 2007-2017 de la politique de développement culturel ainsi que les moyens d’y contribuer localement (Culture Montréal, 2012). De même que l’utilisation du Quartier des spectacles comme exemple du pôle culturel, ce processus de consultation permet d’établir une définition du quartier culturel et d’en étendre la portée. L’effet de signification est cependant contraire. Alors que l’utilisation d’un haut lieu permettait de spécifier et limiter des interprétations jugées trop vastes du pôle culturel, les enjeux soulevés dans les travaux préparatoires pour une définition des quartiers semblent plutôt en multiplier les déclinaisons possibles. Au cours des débats entourant le Plan d’action pour les quartiers culturels, plusieurs voient là une force. Les expressions alors utilisées sont, par exemple, que le quartier culturel « ne se confine pas », est « plus large », « [e]t [que] c’est tant mieux, puisque la culture rayonne dans l’ensemble d’un quartier … » (Coalition montréalaise des Tables de quartier, 2011, p. 3). D’autres voient d’un œil positif la définition plus large du quartier culturel en ce qu’il « permet de se donner les possibilités et la souplesse nécessaires pour bien définir la culture dans son milieu » (Arrondissement de Verdun, 2011). Contrairement au pôle culturel, la porosité des frontières du quartier culturel et la multiplication des interprétations qui s’en réclament semblent être connotées positivement. La malléabilité qui en ressort permet à de nombreux intervenants de s’y reconnaître, de façon singulière à chaque fois.

De la métropolisation à la mise en quartier

Au cours des discussions entourant le développement des pôles culturels, l’un des arguments avancés régulièrement est que ceux-ci s’appuient sur une « vision macroscopique » de la municipalisation de la culture (Plamondon Émond, 2012). En effet, les arguments utilisés pour légitimer les actions municipales qui ont pour objet les pôles culturels mettent en premier plan une relation métonymique—une partie pour le tout—que ceux-ci entretiendraient avec la ville de Montréal dans sa totalité. Du coup, investir dans les pôles est une façon d’investir sur tout le territoire de la ville, notamment dans le cadre du Quartier des spectacles. Il s’agit de faire rayonner la ville par ses pôles culturels, en les utilisant par exemple comme « vecteurs de la marque Montréal » (Daniel Arbour & Associés et al., 2005) ou comme « vitrines » (Paré, 2012; Plamondon Émond, 2012) qui valent non seulement pour l’ensemble de la ville, mais qui lui sont vitaux, le « cœur culturel de Montréal » (PQDS, 2011). En ce sens, les pôles culturels sont situés en des points précis de la ville, mais les frontières de leur effectivité ne sont pas déterminées. Comme l’exprime le Partenariat du Quartier des spectacles dans son mémoire sur les quartiers culturels : « [L]es frontières du Quartier ont moins d’importance lorsqu’on pense que la portée de son déploiement se concrétise à l’échelle métropolitaine. C’est sur tout Montréal que rejaillissent les retombées engendrées » (PQDS, 2011, p. 5). L’échelle à laquelle les pôles culturels s’inscrivent est celle de la métropole ou de la ville dans sa totalité. Il s’agit alors d’en assurer la vitalité par la reconnaissance de Montréal comme « métropole culturelle ».

La relation de métonymie faisant du pôle culturel l’équivalent de la totalité montréalaise se voit rapidement contestée par l’arrivée du quartier culturel dans les discussions. Il est alors présenté comme un important changement d’échelle. En effet, alors que le pôle se voyait décrit comme « métropolitain » et même, dans certains cas, comme « international », les quartiers culturels sont plutôt décrits comme une réorganisation de l’intervention municipale à une échelle différente. Si l’échelle cartographique est une relation de proportion entre un territoire et sa représentation, elle implique également une résolution particulière (Marston, 2000). En ce sens, l’intervention municipale à des échelles plus petites implique un gain de résolution : les nuances y sont mieux définies et les particularités du quartier prises en considération de façon plus adéquate. Ainsi, le document d’orientation souligne la nécessité de penser une intervention qui est propre à chaque quartier culturel :

Étant donné les particularités inhérentes aux arrondissements et leurs réalités locales hétérogènes, il semble évident que les futurs quartiers culturels de Montréal auront des composantes différentes, chacun ayant sa propre personnalité …; il ne serait pas souhaitable d’appliquer un même schéma d’un quartier culturel à l’autre. (Ville de Montréal, 2011, p. 21)

Le changement d’échelle d’intervention appuyé sur une meilleure résolution implique un changement de point de vue équivalent. En effet, alors que le pôle culturel se concentrait en certains endroits du territoire, le centre-ville notamment, les quartiers culturels entraînent une forme de décentralisation : à terme, le Plan d’action spécifie que ce sont les arrondissements, des niveaux de prise de décision plus locaux, qui auront la responsabilité, comme « maîtres d’œuvre », du développement des quartiers culturels (Ville de Montréal, 2013). La décentralisation implique ainsi un transfert de certaines responsabilités aux arrondissements montréalais, poursuivant ainsi le processus de municipalisation de la culture au-delà—ou en deçà—de l’échelle métropolitaine.

Contrairement aux pôles culturels qui impliquent une diminution de l’importance des frontières au sein de la ville au profit d’une « vision macroscopique », les quartiers culturels suggèrent une segmentation de la ville en parcelles différenciées. En effet, la difficulté à établir ce que seraient les quartiers culturels permet de souligner leur évanescence et suggère qu’ils sont le résultat d’un processus de constitution. En ce sens, plutôt que d’adopter une position qui en ferait des entités préexistantes et réifiées, la littérature sur les quartiers dépeint leurs frontières comme le résultat d’un ensemble de rapports de pouvoir. Par exemple, les travaux de Peter Marcuse (1989) soulignent que la mise en quartier des villes—« quartering »—est un geste de pouvoir permettant d’assurer une division sociale qui n’est pas due au hasard, mais à des processus historiques et politiques pluriels. De plus, la mise en quartier est également conçue comme l’imposition d’un ordre sur le chaos des villes en leur accordant une signification : « Quartering is about the production of “smooth space,” about simplification and about producing a particular kind of narrative written into that space » (Bell & Jayne, 2004, p. 252). Dans tous les cas, les quartiers sont le produit de rapports de pouvoir, permettant d’en affirmer une identité et des frontières, et du coup de les organiser. Ils inscrivent, en quelque sorte, les territoires et communautés inclus dans ces quartiers dans un processus plus large de mise en « visitabilité » (Dicks, 2003) : une interprétation des quartiers et de leur hétérogéneité est faite afin de les rendre compréhensibles pour le visiteur tout autant que pour l’habitant local. Ainsi, le Plan de mise en œuvre souligne l’importance de mettre en avant la « personnalité » et le passé des quartiers. Nombre d’intervenants aux consultations vont également mettre en avant la personnalité spécifique de leur quartier, les caractéristiques distinctives qui en font un quartier culturel en bonne et due forme. Un ensemble de procédés est utilisé par les différents intervenants pour déterminer la personnalité et les frontières des différents quartiers.

Ainsi, en plus du texte des mémoires, l’iconographie utilisée est importante : notamment, les photographies tirées d’archives illustrent le caractère patrimonial d’un quartier, et les images d’événements culturels ou d’œuvres d’art publiques permettent d’en affirmer la spécificité. Les frontières sont également nombreuses, qu’elles soient tracées sur des cartes routières ou affirmées par des découpages textuels utilisant généralement les rues comme référence. Ces énoncés affirmant des distinctions sur le territoire de la ville sont reflétés dans de nombreuses suggestions de stratégies à mettre en œuvre pour attribuer des significations différenciées aux espaces de la ville. Ainsi, l’imposition de marques physiques par la création d’une signalisation, le design du mobilier urbain, l’installation de systèmes d’éclairage particuliers ou encore la création de parcours déambulatoires marqués permettent de différencier l’espace, de mettre matériellement en quartiers Montréal et du coup, de l’ordonner.

De la filière économique au cadre de vie

Dans le passage du pôle au quartier, les transformations sont importantes et ne se résument pas à leurs inscriptions différentes dans l’espace géographique. En effet, comme le souligne déjà le document d’orientation, la malléabilité du concept de quartier culturel semble permettre « une vision élargie de la culture … » (Ville de Montréal, 2011) comparativement au pôle culturel. Rétrospectivement, les intervenants commentant le passage de l’un à l’autre déplorent que le concept de pôle culturel ne s’attarde qu’à l’économie de la culture : sa production, sa diffusion et sa consommation. En effet, la filière économique de production culturelle semble être ce qui est l’objet de l’intervention des décideurs, avec pour objectif le travail des artistes, les lieux de diffusion et les industries au sein desquelles ils œuvrent. Dans les débats entourant les quartiers culturels, le pôle est présenté comme un concept trop « limité », avec une « insuffisance » : « [L]a notion de pôle culturel se limitait souvent aux strictes fonctions de création, de formation, de production ou de diffusion culturelle » (Ville de Montréal, 2011, pp. 15-16). Avoir ces fonctions comme objet d’intervention amènerait Montréal à devenir « plus créative » et à augmenter son « indice bohémien », notamment par la stimulation de la production culturelle et l’attrait de telles industries pour des classes de travailleurs « créatifs » (Florida, 2004). Ainsi, non seulement les décideurs semblent voir dans le pôle culturel une invitation à intervenir sur les industries culturelles, mais également à l’utiliser pour le développement économique de la métropole. Comme une intervenante rencontrée en entrevue me soulignait :

Quand ils parlaient de pôles, au départ, c’était leur façon de parler du développement local. Quand on parle des pôles culturels, c’était beaucoup associé à Richard Florida, aux villes créatives et aux villes du savoir. Comment la culture peut être un moteur de développement économique local, métropolitain aussi. Comment les arts et la culture pouvaient créer une vitalité … . (entretien, novembre 2012)

En effet, lors du lancement du Quartier des spectacles, le thème du développement économique par la culture est omniprésent. Les analyses portant sur ce projet spécifique illustrent le rôle que devaient jouer les pôles culturels en tant qu’occasions de stimuler le tourisme et augmenter l’attrait de Montréal et les dépenses effectuées par les visiteurs (Morisset & Noppen, 2004). Par les pôles, la production culturelle est à la fois l’objet même du développement (développer les industries culturelles et la diffusion, accroître la consommation culturelle et la fréquentation des salles) considéré comme une des « fonctions classiques de la culture » (Ville de Montréal, 2011, p. 7), et l’outil d’une vitalité économique autre (développement touristique et urbain, augmentation de la valeur foncière, compétitivité de la ville sur le marché des travailleurs créatifs, etc.) À titre d’exemple, les investissements importants qui sont faits dans le cadre du Quartier des spectacles trouvent leur justification dans un ensemble d’arguments économiques : notamment, le développement immobilier, la hausse du tourisme, et la hausse des dépenses de consommation culturelle par habitant (Dansereau, 2003).

Opposant cette définition économique de la culture à celle proposée par les quartiers culturels, le document d’orientation s’appuie sur la définition abondamment citée de la culture proposée par l’UNESCO (Ville de Montréal, 2011). De nombreux intervenants soulignent d’ailleurs la richesse d’une telle transformation, en insistant sur l’importance de la culture pour le « milieu de vie » ou le « cadre de vie » des résidents. Le Plan de mise en œuvre des quartiers culturels, tel qu’adopté par la Ville de Montréal, en fait d’ailleurs sa première orientation générale : « Les arts et la culture sont une des principales forces de Montréal et constituent une dimension essentielle de la qualité des milieux de vie » (Ville de Montréal, 2013, p. 4). Ce décentrage de la culture vers les milieux de vie est tributaire d’une conception bien particulière du cadre de vie qui informe non seulement la politique, mais également le Plan d’action et les débats au cours du Rendez-vous novembre 2007. Cette conception est le fait du rapport du groupe-conseil visant une première ébauche de la politique culturelle municipale. Ce rapport propose une définition de ce qu’est le cadre de vie, qui sera d’ailleurs reprise dans la Politique culturelle finale :

Le cadre de vie renvoie à ces espaces quotidiens où se déploie la vie humaine, ces espaces que sont les maisons, les aménagements domestiques, les aménagements urbains, les paysages de proximité et les objets usuels qui peuplent la quotidienneté. En plus de son caractère spatial, territorial et biologique, la notion de cadre de vie s’adjoint ainsi d’autres attributs qui font cette fois appel à la mémoire, à l’identité et à l’appréciation esthétique. Ces dimensions constituent de ce fait la composante culturelle du cadre de vie d’une collectivité. (Bachand et al., 2003, p. 6)

Cette idée de « cadre de vie » qui circule d’un rapport à l’autre et est reprise en partie dans les discussions portant sur les quartiers culturels est présentée dans le document d’orientation comme s’inscrivant dans la pensée écosystémique. Au cours des cafés citoyens organisés par Culture Montréal, des cahiers étaient distribués aux participants afin de les accompagner. Une page complète de ces cahiers était dédiée à une définition de la culture telle que proposée par l’organisme dans le mémoire déposé dans le cadre des consultations sur les quartiers culturels. La ville y est considérée comme :

Un ensemble vivant qui favorise l’expression des identités, de la créativité et des pratiques artistiques. … Le « quartier culturel » est donc, de facto, un « espace citoyen », i.e. un écosystème au sein duquel agissent et interagissent une pluralité d’acteurs locaux. (Culture Montréal, 2011, p. 1; 2013)

Cette pensée écosystémique, qui conçoit chaque être vivant comme interagissant dans et par un milieu et déterminé par celui-ci, fait écho à la définition du cadre de vie : loin de la filière industrielle, la culture est produite au plus près des résidents. Pour paraphraser le rapport du groupe-conseil, elle se joue dans la « proximité » spatiale, tout autant que dans la routine quotidienne, jusqu’au plus profond de la « vie humaine » et dans la « biologie » (Bachand et al., 2003). Les nombreuses références à cette pensée par les différents intervenants permettent de constater l’ampleur du déplacement qui s’est effectué dans le discours : depuis le développement de et par une filière économique, jusqu’à la culture comme proximité, au plus près de l’être.

Cette proximité se traduit dans le Plan de mise en œuvre des quartiers culturels par l’affirmation de l’importance de l’artiste dans la cité. L’une des orientations générales met d’ailleurs l’artiste en valeur en tant que garant de la qualité du cadre de vie. Le producteur culturel est alors considéré comme y participant en tout point, dans toute interaction formant le milieu. En cela, au sein du quartier culturel, sa production n’est pas uniquement « culturelle », mais elle est aussi autre :

C’est au-delà de la stricte comptabilité économique. C’est aussi créer une meilleure cohésion sociale, un meilleur voisinage, moins de délinquance… On peut faire toute sorte de liens avec des impacts sociaux. … C’était cette idée que la culture a des impacts sociaux et que ce n’est pas seulement la chaîne de production artistique … . C’est un ensemble de choses qui fait la qualité de vie des citoyens, et non pas une simple chaîne de production qui est bonne à l’économie. (entretien, novembre 2012)

En cela, le rôle de l’artiste n’est pas que culturel. Sa production y est présentée comme instrumentale en partie, accompagnant ou visant « autre chose » : une cohésion sociale, un voisinage agréable, ainsi que la prévention de la petite criminalité liée à la « qualité de vie », notamment. Les quartiers culturels proposent une production artistique ubiquitaire, sans lieu propre autre que le cadre de vie lui-même : pas de filière économique, mais le propre de la vie de l’écosystème. En ce sens, et contrairement au concept de pôle culturel, le discours du quartier culturel situe potentiellement la production culturelle partout, sans s’arrêter à un centre économique ou industriel : elle n’est pas située en un lieu spécifique du point de vue des décideurs, mais rayonne en tout point. Ou plutôt, elle passe en tout point et, à terme, tout point d’un quartier peut faire l’objet d’une intervention au nom du quartier culturel. Le changement d’échelle a non seulement apporté avec lui une conception compartimentée et ordonnée du territoire municipal, mais l’élargissement de l’acception de la culture qui l’accompagne implique un accroissement analogue de l’éventail d’interventions des décideurs municipaux en son nom. De la filière économique métropolitaine, l’espace de la production culturelle est passé à celui du quartier, mais dans le même temps de nouveaux éléments font leur entrée dans le giron des actions de la municipalité en tant que culturels.

Conclusion

Au cours de l’année 2012, une grande rencontre est organisée afin de faire le point sur le Plan d’action et la Politique de développement culturel de la Ville de Montréal. Intitulée Rendez-vous novembre 2012, cet événement rassemble plus de 900 intervenants de tous horizons—monde des affaires, politiciens, milieu communautaire, artistes, etc.—autour de trois thèmes de discussion : « Montréal local », « Montréal global » et « Les nouveaux modèles de financement ». À la sortie de l’un des ateliers de cet événement, la responsable de la culture au Comité exécutif de la Ville de Montréal commentait l’importance des quartiers culturels pour la municipalité : « Les quartiers culturels dont on a parlé aujourd’hui sont l’âme, l’intimité même de la métropole culturelle, qui n’existerait pas sans eux » (Ayotte, dans Lemay, 2012, p. 5). Prolongement du processus de municipalisation de la culture, le développement des quartiers culturels amène avec lui une série de transformations qui spatialisent différemment la production culturelle et dont l’importance pour les autorités locales est manifeste. D’abord, il va de pair avec le passage d’une conception métropolitaine de la production culturelle à une conception à l’échelle des quartiers. Ceci implique, notamment, que la conception même de l’espace culturel de la ville s’est transformée, passant d’un espace lisse à un espace fragmenté, mis en quartier et organisé. Mais ce que l’intervention des décideurs semble perdre en « extension », elle le gagne en « consistance », par une conception de la culture comme cadre de vie dans lequel la production culturelle n’est plus l’affaire d’une filière économique, mais de tous les points d’un écosystème. Dans un jeu un peu étrange où la production culturelle semble perdre du terrain, ce qui est qualifié de culture et entre dans le giron des interventions de quartier semble au contraire en plein essor.

Dans un article dédié aux scènes culturelles, Will Straw soulignait le rôle invisible joué par un ensemble d’interventions politiques sur le développement, souvent inattendu, de celles-ci. Il mentionnait en ce sens l’importance méconnue de politiques « autres » que culturelles : « The policies that shape urban cultural forms are almost never to be found exactly where we go looking for them » (Straw, 2005, p. 419). Ce qu’il soulignait alors était l’effectivité imprévisible de nombreuses actions des décideurs sur la production culturelle et le développement de regroupements culturels singuliers. En ce sens, le processus de municipalisation permet de comprendre en partie ce qui fait, aujourd’hui, les conditions de possibilité du travail culturel à Montréal. Mais en amont de ce processus, la création d’une signification commune du quartier culturel ainsi que les interventions qui s’en réclament représentent de plein droit une forme de production culturelle : elles sont le produit de travailleurs culturels d’une importance parfois négligée (notamment, les décideurs et fonctionnaires de l’administration publique, tout comme les différents organismes intéressés) et une construction collective permettant alors à ces conditions de s’installer.

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