Canadian Journal of Communication Vol 41 (2016) 305–322
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Pornographie, nouveaux médias et intimité normative dans les discours sur l’hypersexualisation des jeunes

Élisabeth Mercier
Université du Québec à Montréal et Université Laval

Élisabeth Mercier est professeure adjointe au département de sociologie de l’Université Laval. Courriel : elisabethmercier1@gmail.com  .


ABSTRACT  In recent years, the hypersexualization of youth has generated many discourses, anxieties, and control measures in Québec as well as in most Western societies. This article bases itself on a critical analysis of the discourses produced in francophone Québec by media institutions and their specific actors to highlight the ways in which the discursive production of hypersexualization as a social problem mobilizes pornography and new media; it also highlights the issues raised by this mobilization. One of these issues is a normative intimacy—one that seeks to preserve hierarchized social and sexual relations—that would be threatened by an online pornography that blurs the lines between public and private as well as between an adult sexuality and the world of youth.

KEYWORDS  Hypersexualization; Online pornography; Intimacy; Discourse analysis; New media

RÉSUMÉ  Depuis quelques années, l’hypersexualisation des jeunes suscite bon nombre de discours, craintes et mesures de contrôle au Québec comme ailleurs en Occident. À partir d’une analyse critique des discours produits par des institutions médiatiques québécoises et francophones et leurs acteurs spécifiques, cet article montre comment la pornographie et les nouveaux médias sont mobilisés dans la production discursive de l’hypersexualisation comme problème public ainsi que les enjeux que cela soulève. Parmi ces enjeux se trouve celui d’une intimité normative, garante de rapports sociaux et sexuels hiérarchisés, qui serait mise à mal par la pornographie en ligne venant brouiller les frontières entre public et privé, entre une sexualité adulte et le monde des jeunes.

MOTS CLÉS  Hypersexualisation; Pornographie en ligne; Intimité; Analyse de discours; Nouveaux médias


Depuis le milieu des années 2000, l’hypersexualisation des jeunes, celle des jeunes filles en particulier, a fait couler beaucoup d’encre au Québec et ailleurs en Occident. Avec son superlatif hyper, le terme hypersexualisation fait référence à l’idée d’excès, à la possibilité d’un « trop » sexuel. Cependant, son usage est polysémique et le phénomène qu’il sert à dépeindre renvoie à ce qui est perçu comme une sexualisation excessive des corps féminins, des comportements sexuels précoces et/ou l’omniprésence de représentations sexuelles dans les médias (Caron, 2009). L’hypersexualisation a ainsi émergé comme un nouveau « problème » au cœur des préoccupations publiques, féministes et médiatiques (Mercier, 2013). Si les craintes et l’indignation populaire suscitées par l’hypersexualisation des jeunes semblent désormais moins intenses, le phénomène demeure néanmoins bien souvent pris pour une évidence. Aussi, des questions constitutives du problème de l’hypersexualisation, dont celles de la « pornographisation » (McNair, 1996) de l’espace public médiatique, de la banalisation d’une sexualité dite extrême sur internet et de la redéfinition de l’intimité, sont régulièrement traitées tant dans les médias généralistes que dans les recherches en communication et les études de la sexualité.

Dans cet article, je propose de mettre en lumière les façons par lesquelles la pornographie en ligne est mobilisée dans la production discursive du problème de l’hypersexualisation ainsi que les enjeux que soulève cette mobilisation. Mon objectif n’est ni de nier ni de prouver l’existence et l’influence d’une « hyper » sexualisation dans l’espace public médiatique, mais bien d’interroger les tensions au sein des discours qui « problématisent » (Foucault, 2001) l’hypersexualisation, c’est-à-dire qui la produisent en tant que problème nécessitant la mise en place de solutions. Ces discours ont des effets sur le plan de la production de significations et de normes, participant entre autres à définir ce qui est précoce ou non, normal ou non sur le plan sexuel, ainsi que sur le plan de la règlementation, du contrôle et de la surveillance. Notamment, l’accès sans précédent à la production, la diffusion et la consommation de contenu sexuellement explicite rendu possible par les nouvelles technologies est posé comme une source de dangers, surtout pour les jeunes filles, qu’il importe de contenir et de contrôler par la mise en place de différentes interventions (parentales, législatives, etc.).1

Après une brève mise en contexte de la problématique à l’étude, je présenterai son cadre conceptuel et méthodologique témoignant d’une volonté de penser autrement les questions liées à l’hypersexualisation comme à la sexualité en général. En effet, la contribution de cet article se situe d’abord sur le plan de la critique, ce qui passe non seulement par le travail d’analyse effectué mais aussi par le travail de problématisation et la réflexion théorique proposés qui invitent à penser l’hypersexualisation en dehors des conceptions morales binaires qui prévalent habituellement sur le terrain de la sexualité. C’est pourquoi j’insisterai sur la manière particulière par laquelle l’hypersexualisation est ici appréhendée, encore une fois, du point de vue des discours qui la produisent en tant que problème faisant l’« objet de préoccupation et de débat, éventuellement d’action publique » (Neveu, 2015, p. 7). Je spécifierai en outre le statut que je donne aux discours médiatiques analysés, en plus d’indiquer quelques-uns des documents qui composent le corpus analytique. Je discuterai ensuite les résultats de l’analyse de discours effectuée en soulignant comment les discours médiatiques sur l’hypersexualisation articulent des enjeux liés à l’intimité sexuelle, à la pornographie et aux nouveaux médias. La conclusion reviendra plus spécifiquement sur la notion d’intimité normative dont j’avance qu’elle est à la fois produite et régulée par les discours sur l’hypersexualisation, discours qui dénoncent entre autres le recul des frontières de l’intime et le brouillage de celles entre une sexualité adulte et le monde des jeunes qui seraient opérés par la pornographie au croisement des nouvelles technologies.

Mise en contexte

En 2005, un dossier publié dans le quotidien montréalais Le Devoir a eu un retentissement important tant dans les médias qu’au sein de la population du Québec. Les articles du dossier faisaient état d’un phénomène jugé inquiétant : l’hypersexualisation des jeunes. Ils dépeignaient une réalité de débauche sexuelle où des jeunes filles « distribuent les fellations dans l’autobus scolaire » et des garçons se demandent si leur « petite amie de 12 ans aimerait bien le fist-fucking (pénétration avec le poing) ? » (Chouinard, 2005). Il s’agirait d’une nouvelle réalité hypersexualisée directement associée à un prétendu « raz-de-marée sexuel » dans l’espace public médiatique, qui entraînerait « une perte de sens et de signification liés au sexuel, un dérapage de cette société qui nage dans la pornographie » (Robert, citée dans Chouinard, 2005). Parallèlement à la parution de ce dossier, de nombreux articles de presse, livres, reportages télévisés, rapports scientifiques, colloques et avis sont venus confirmer le phénomène de l’hypersexualisation, un phénomène bien souvent pris pour acquis mais qui, encore une fois, désigne des réalités et des pratiques différentes liées à l’image corporelle, au comportement sexuel et/ou à la sexualité dans les médias.

Par ailleurs, un contre-discours critique à propos de l’hypersexualisation s’est également développé, posant le phénomène comme une « panique morale » plutôt qu’un véritable problème sociétal (Mensah, 2009; Paquette, 2009). À cet égard, une étude publiée par des chercheurs en sexologie (Blais et al., 2009) a révélé des lacunes quant à la fiabilité des données sur lesquelles s’appuient généralement les discours s’inquiétant de l’hypersexualisation des jeunes. L’étude établissait notamment un écart significatif entre discours alarmistes et statistiques existantes en démontrant que les échantillons utilisés sont assez peu représentatifs puisqu’ils ne s’étendent pas à l’ensemble des jeunes. Par exemple, ils n’incluent pas ceux et celles qui ne sont pas actifs sexuellement. Selon les auteurs, les chiffres seraient en fait sensiblement les mêmes qu’une dizaine d’années auparavant et n’attesteraient pas de la précocité sans précédent, des excès sexuels ou du déclin moral dénoncés.

Cette étude fut accueillie avec soulagement par des commentateurs qui y voyaient des données rassurantes quant aux pratiques sexuelles et aux valeurs morales des jeunes d’aujourd’hui. En revanche, ces nouvelles conclusions n’ont pas ébranlé les propos de bon nombre d’acteurs qui, sur la base de leurs propres expériences de travail auprès des jeunes ou simplement de celles d’être parents, ont continué d’affirmer l’existence du phénomène : ils voyaient bien ce qui se passe sur le terrain et aucune étude, aussi rigoureuse au plan méthodologique fût-elle, ne pouvait nier cela. D’autres encore ont déplacé leur discours en ciblant la sexualisation de la mode et des médias comme responsable de différents maux sociaux, qu’il s’agisse du sexisme ou de la faible estime de soi des jeunes filles. L’âge de la première relation sexuelle n’était peut-être pas à la baisse mais les représentations de la sexualité, elles, étaient bel et bien plus extrêmes et omniprésentes que jamais. C’est notamment ce que laissait entendre une éditorialiste du quotidien La Presse dans un texte publié suite à la sortie de l’étude de Blais et al. (2009). Il est à noter que l’hypersexualisation y est posée comme un problème concernant d’abord les filles :

La profondeur du décolleté ou le port du string est loin d’être la preuve d’une vie sexuelle active. En fait, on réalise plutôt que les jeunes filles ne sont absolument pas conscientes du message qu’elles envoient. On serait donc face à une hypersexualisation de surface (l’image, la tenue vestimentaire) qui, elle, est bel et bien le reflet de l’époque dans laquelle ces adolescentes évoluent. Qu’il s’agisse des émissions de télévision qu’elles écoutent ou des boutiques de vêtements où elles magasinent, cette hypersexualisation est tapissée mur à mur, impossible d’y échapper. (Collard, 2009)

Autrement dit, l’hyper-visibilité de corps hypersexualisés serait le signe d’une surenchère sexuelle dans l’espace public médiatique via la culture populaire, la publicité, la mode. Il s’agirait d’une culture pornographique sexiste, excessive et consumériste dont il serait urgent de « sauver nos filles » (Lamb, 2009, p. 47), ces dernières étant comprises comme les principales cibles et les plus vulnérables face aux dangers de l’hypersexualisation. En somme, cette « hypersexualisation de surface » (Collard, 2009) participerait d’un phénomène plus global par lequel la pornographie, ses codes esthétiques ainsi que les pratiques sexuelles et les formes de désir qu’elle promeut, seraient désormais visibles et accessibles à tous et toutes, en tout temps, sous différentes formes (Gill et Donaghue, 2013).

Considérations théoriques et méthodologiques

Aborder l’hypersexualisation en tant qu’ensembles de discours qui ont des implications et des répercussions tant sur le plan de la représentation que sur celui de la régulation suppose une réflexion plus large quant aux enjeux et aux rapports de pouvoir qui organisent ces ensembles. Ma démarche se positionne ainsi au sein d’une entreprise théorique critique qui vise à interroger les différents modes d’exercice du pouvoir, en dehors de ses instances et compréhensions traditionnelles, lorsqu’il passe pour naturel, pour allant de soi. Cela suppose en outre de considérer non seulement les discours qui font l’hypersexualisation mais aussi leurs conditions d’émergence ainsi que les rapports de force et les mécanismes de pouvoir distinctifs et conjoncturels qui les traversent. Par exemple, comment les différents discours sur l’hypersexualisation participent-ils d’une conjoncture marquée par un sentiment d’anxiété partagé face aux nouvelles technologies et aux possibilités qu’elles offrent sur le plan de la production, de la distribution et de la consommation de contenu sexuel?

Il faut dire que la sexualité importe socialement et politiquement : à travers ses mises en discours, elle a des impacts, elle introduit des significations et des différences dans le monde allant bien au-delà des simples désirs érotiques et pratiques physiques. Foucault (1976) a d’ailleurs montré à quel point la sexualité est chargée de sens, elle qui est fondamentale à l’organisation morale et symbolique de la société (famille, citoyenneté) depuis le 18e siècle, de même qu’elle est censée contenir et dire la « vérité » de chaque individu. Ainsi, le « discours vrai » à propos de la sexualité possède une fonction normative et régulatrice à la fois. Par exemple, il sert à établir et à légitimer un « système hiérarchique de valeur sexuelle », l’un des axiomes de la « pensée conventionnelle du sexe » (Rubin, 2001). Conséquemment, tout ce qui vient ébranler, remettre en question ou contrevenir à l’organisation sociale, morale et sexuelle suscitera des réactions fortes qui justifieront la mise en place de nouvelles mesures de contrôle.

Dans cette perspective, tout projet d’analyse des discours de la sexualité et de leurs fonctions normatives et régulatrices se doit d’admettre le caractère radicalement pluriel des questions morales ainsi que la fonction du « dire vrai » dans l’exercice du pouvoir. Aussi, l’objectif premier du cadre théorique et méthodologique développé dans le présent article est de penser autrement l’hypersexualisation, en dehors de l’indignation qu’elle suscite habituellement et de la polémique qui donne le plus souvent forme à ses discours, obligeant à prendre position : si vous n’êtes pas contre, c’est que vous êtes pour. Pour ce faire, j’ai eu recours à deux concepts principaux qui permettent justement de se sortir de la binarité qui caractérise la polémique comme les questions de morale en général : celui de problème et celui de conjoncture. J’entends le premier au sens de la problématisation chez Foucault (2001), c’est-à-dire de l’ensemble des pratiques signifiantes qui font entrer un objet dans le domaine de la pensée en tant que problème. Tourner l’analyse vers les façons par lesquelles certains objets sont constitués et naturalisés en tant que problèmes, à certains moments, dans certains espaces, présente l’avantage de ne pas rester confiné aux seuls termes du problème, ceux-là mêmes qui sont naturalisés au point de ne jamais être remis en question et uniquement discutés en fonction de « solutions » (qu’elles prennent la forme d’actions, de points de vue, de propositions, etc.). Cela permet également d’éviter le piège du contre-discours qui ne reviendrait qu’à formuler d’autres réponses—en l’occurrence, à trouver d’autres solutions au problème de l’hypersexualisation—sans remettre en question l’évidence du problème ni son effectivité ou sa productivité.

En outre, j’ai eu recours au concept de conjoncture (Grossberg, 1997; Hall et al., 1978) afin de prendre en compte l’inscription à la fois sociohistorique et contingente du problème. En dirigeant l’analyse vers les différentes voix, trajectoires et forces en présence, l’approche conjoncturelle permet de saisir certaines des tensions qui caractérisent la problématisation contemporaine de l’hypersexualisation, dont celles liées à la pornographie en ligne. L’étape fondamentale de l’analyse conjoncturelle est la contextualisation : où, comment et par qui l’hypersexualisation fait-elle problème aujourd’hui ? Différents contextes de problématisation de l’hypersexualisation peuvent ainsi être reconstitués et parmi ceux-là se trouvent les médias. D’une part, les effets des médias sont régulièrement et naturellement invoqués comme les grands responsables de l’hypersexualisation actuelle, ainsi que de la prétendue dégradation morale, notamment au plan sexuel. D’autre part, des acteurs médiatiques, ceux des médias d’information en particulier, participent directement de la mise à l’ordre du jour du problème de l’hypersexualisation. Des chercheurs ont d’ailleurs attribué l’usage du terme « hypersexualisation » aux milieux journalistique et médiatique québécois (Liotard et Jamain-Samson, 2011). En somme, les médias sont à la fois sujets énonciateurs, régimes et objets de discours : on y retrouve certains des principaux arguments, acteurs, institutions et rapports de pouvoir constitutifs du problème de l’hypersexualisation dans la conjoncture actuelle.

J’ai donc choisi de concentrer mon analyse de discours sur les médias en tant que contexte spécifique de problématisation de l’hypersexualisation des jeunes. À cet égard, le pouvoir de nommer la réalité que possèdent les médias dans les sociétés contemporaines (Couldry, 2003) m’apparaissait particulièrement porteur : l’hypersexualisation pose problème dès lors qu’elle est nommée comme tel, et les médias, de par leur capacité à nommer, participent à produire et à exposer le problème de l’hypersexualisation. En l’articulant régulièrement aux questions de la pornographie et des nouveaux médias, ils offrent en outre une compréhension particulière du problème, notamment, en termes de pornographisation de l’espace public médiatique. Il ne s’agit donc pas ici de réduire l’hypersexualisation à un événement strictement médiatique mais bien de s’intéresser aux discours médiatiques à propos de l’hypersexualisation.

L’appellation « discours médiatiques » utilisée dans cette recherche fait référence au travail fait par des institutions médiatiques et leurs acteurs spécifiques dans la problématisation de l’hypersexualisation. Outre les journalistes, éditorialistes, chroniqueurs et commentateurs, différents acteurs sont invités à se prononcer sur l’hypersexualisation et sont ainsi posés en tant que sujets de discours compétents, voire en tant qu’experts des questions liées à l’hypersexualisation. Leur statut d’expert ainsi que leurs connaissances et l’autorité de leur savoir peuvent provenir de leur vécu, leurs recherches et/ou leur statut social. Par exemple, le simple fait d’avoir des enfants ou de travailler auprès d’eux peut être accepté comme un gage de savoir et d’expertise à propos de la sexualité des jeunes. Par ailleurs, la parole des experts prend différentes formes selon les lieux où elle s’énonce : commentaire, opinion, témoignage, conseil, etc. Aussi, les lieux dans lesquels certains acteurs se voient reconnaître le statut d’expert ne se limitent pas qu’aux médias et peuvent également comprendre des ouvrages de référence, rapports de recherche, conférences, et autres. Différentes expertises et paroles d’acteurs médiatiques ou médiatisés sont ainsi présentées comme des « discours vrais » et non de simples « actes d’énonciation » (Foucault, 1971, p. 22) de savoirs, de valeurs et de normes contingents et situés.

À ces différents experts s’ajoute un autre type d’acteurs que j’appelle les personnalités publiques. Ces personnalités jouissent d’une notoriété et d’une visibilité médiatique considérables, non seulement parce que les médias leur accorde de l’attention mais aussi parce qu’elles produisent elles-mêmes des produits culturels (livres, films, blogues, etc.) et investissent différentes plateformes médiatiques.2 Leur renommée leur confère un poids supplémentaire dans les médias et ailleurs : elle différencie les arguments des personnalités publiques de ceux des autres experts qui conservent généralement un relatif anonymat. Enfin, l’expertise à laquelle le statut de personnalité publique vient parfois s’ajouter confère non seulement une autorité aux discours mais vient également légitimer le fait qu’il faille une autorité. C’est-à-dire que le problème de l’hypersexualisation est suffisamment sérieux pour que des experts s’y intéressent.

En résumé, cet article propose une analyse des discours médiatiques qui produisent l’hypersexualisation en tant que problème dans une perspective conjoncturelle. Le corpus d’analyse inclut, d’une part, des textes produits par des instances de presse institutionnelles et plus précisément de la presse écrite francophone au Québec : articles factuels, chroniques, éditoriaux, lettres d’opinion, commentaires en ligne. D’autre part, il inclut des documents produits par différents acteurs (experts et personnalités publiques) dont les propos sur l’hypersexualisation sont relayés dans les médias : articles et rapports scientifiques, actes de colloques, monographies, propos rapportés lors d’entrevues. L’échantillon a été établi selon un critère de saturation théorique, par choix raisonné (documents ou personnes les plus cités, ayant eu le plus d’impact, jouissant d’une crédibilité importante, etc.) et par « boule de neige » (certains documents m’ont mené vers d’autres).

De façon plus spécifique, j’ai rassemblé le corpus autour de l’année 2005, sans pour autant me limiter à cette seule année. Il est à noter que j’identifie l’année 2005 non pas comme contexte d’apparition du problème de l’hypersexualisation (la conjoncture n’étant pas un synonyme d’époque et ne pouvant pas être réduite à une seule année) mais bien comme une année charnière dans sa mise à l’ordre du jour. En plus du grand nombre d’articles et de reportages médiatiques ainsi que des publications scientifiques qui ont parus sur le sujet, c’est notamment en 2005 que l’Office québécois de la langue française a entériné l’usage du terme « hypersexualisation ». Parmi les textes considérés, j’ai porté une attention toute particulière au dossier consacré à l’hypersexualisation dans le quotidien Le Devoir (Chouinard, 2005, 2005a, 2005b, 2005c; Rioux Soucy, 2005, 2005a) ainsi qu’aux actes d’une première journée de réflexion sur l’hypersexualisation des jeunes organisée à Montréal (Goldfarb et Kebbouche, 2005) et réunissant un nombre important d’experts de divers horizons : sexologues, intervenants sociaux, enseignants, médecins, chercheuses féministes.

Pour l’ensemble des documents rassemblés, j’ai procédé à une analyse de discours critique (Foucault, 1971) révélant les processus, relations et enjeux qui problématisent l’hypersexualisation et qui en produisent différentes « vérités ». J’ai d’abord classifié et qualifié les principaux énoncés produits au sujet de l’hypersexualisation (centralité des thèmes abordés, régularité/rareté des termes employés, ton utilisé, positions adoptées) puis j’ai identifié des éléments de discours récurrents ainsi que les principaux sujets énonciateurs et objets de discours. La pornographie en ligne est rapidement ressortie comme un enjeu récurrent des discours et c’est pourquoi j’ai choisi de concentrer l’analyse sur la mobilisation discursive de la pornographie et des nouveaux médias dans la problématisation de l’hypersexualisation des jeunes. En outre, j’ai mis l’accent sur les effets de ces discours, sur le plan de la représentation et de la régulation, dont ceux liés à la définition et à la délimitation d’une intimité normative.

Analyse

Les discours médiatiques sur l’hypersexualisation déplorent fréquemment que la pornographie, ses pratiques et son esthétique, sature désormais l’espace public médiatique et tout particulièrement la culture dans laquelle baignent les jeunes : « La pornographie s’est démocratisée. Elle envahit les cours d’écoles, les vêtements, les tatouages, les bracelets sexuels, la musique, les ordis » (Robert, 2005, p. 213). Par ailleurs, c’est de la rencontre entre pornographie et développements technologiques qu’est né ce qui est posé comme un changement culturel et sociopolitique majeur souvent qualifié de pornographisation (Attwood, 2010). En effet, les nouvelles technologies et les nouveaux médias (internet mais également la caméra web, les téléphones intelligents, etc.) sont un enjeu important de la pornographie, participant notamment à problématiser l’hypersexualisation en termes d’excès et de menace :

Les jeunes consomment Internet à un rythme excessif. Et avis aux parents un brin naïfs, pas seulement pour étudier! Abonnés au clavardage, ils profitent d’un accès indécemment aisé à des images à saveur pornographique. Cette frénésie cybernétique pourrait-elle expliquer en partie la banalisation des pratiques sexuelles qui survient chez les jeunes, et de plus en plus tôt? (Chouinard, 2005b)

Cet extrait touche à différents éléments que j’aborderai dans mon analyse. D’abord, la pornographie y est posée comme étant particulièrement délétère au croisement des nouvelles technologies, notamment parce qu’elle s’introduit dans le monde des adolescents tout en échappant au regard et au contrôle parental. Ensuite, l’excès caractérise les discours qui dénoncent l’hypersexualisation des jeunes qui s’inscrirait, entre autres, dans un phénomène préoccupant d’extériorisation sexuelle par lequel ce qui devrait être relégué à l’intimité est rendu visible à l’extrême.

La pornographie au croisement des nouvelles technologies

Jenkins (2007) fait remarquer que, lorsqu’il est question de pornographie, « le médium » est en effet « le message ». L’avènement de l’imprimerie puis ceux de la photographie, du cinéma et du vidéo ont aussi signifié, à chaque fois, de nouveaux modes de représentation, de diffusion et de consommation de la sexualité ainsi que la redéfinition des frontières du public et du privé. L’enregistrement vidéo a ceci de particulier qu’il a permis de réduire les coûts de production, donnant naissance à une pornographie dite amateure, ainsi que de consommer des images sexuelles en mouvement dans l’intimité du foyer. L’accessibilité des moyens de production et la possibilité de consommation en privé, à la maison, offertes par le vidéo a ainsi marqué ce qui fut qualifié de véritable révolution dans le monde de la pornographie, voire dans l’ensemble de la société : différents groupes de personnes pouvaient désormais consommer et produire du contenu pornographique.

Ainsi, le développement de l’industrie pornographique est intimement lié aux développements technologiques et cette relation est à la source de bon nombre des inquiétudes exprimées dans les discours médiatiques sur l’hypersexualisation des jeu-nes. Plus encore, ces anxiétés sociales ne concernent pas uniquement un contenu culturel particulier—comme ce fut le cas jadis avec le rock’n’roll par exemple—mais puisent d’abord et avant tout dans le rapport entre technologies de communication et sexualité. Il faut dire que les pourfendeurs de la pornographie conçoivent cette dernière non pas comme un ensemble complexe et signifiant de pratiques culturelles mais bien comme un outil d’oppression créé par des exploiteurs qui avilissent des exploitées en faisant de la sexualité une marchandise. Les contenus pornographiques ou sexuellement explicites et leurs effets néfastes présumés sur l’intégrité morale de la société en général et celle des jeunes en particulier sont ainsi régulièrement mobilisés pour expliquer et problématiser l’hypersexualisation : « L’hypersexualisation des jeunes filles va de pair avec la pornographisation des codes sociaux. La pornographie modélise les conduites sexuelles, et au-delà du sexe, les comportements des femmes et des hommes » (gras originaux, Poulin et Laprade, 2006).

Si chaque développement technologique a également signifié un accroissement de mobilité, voire une démocratisation, de la pornographie, la pornographie en ligne semble plus accessible que jamais, notamment pour les personnes mineures. La pornographie en ligne apparaît non seulement comme le fait d’amateurs mais elle est considérée comme plus extrême, offrant un contenu niché et rendant visibles d’autres sexualités contrevenant aux codes hétéronormatifs de la « bonne sexualité » (Rubin, 2001). Particulièrement depuis l’avènement du numérique et des médias sans fils, les espaces de production et de consommation pornographiques ont été reconfigurés et sont venus brouiller les frontières entre producteur, distributeur et consommateur aussi bien qu’entre les différents lieux qui étaient auparavant réservés à la pornographie et associés à des distinctions claires entre public et privé. Si le VHS avait déjà permis une production et une consommation privées de la pornographie, celles-là demeuraient néanmoins associées à la sphère domestique, qui plus est à une sphère domestique « adulte ». Les technologies mobiles ont permis à ce qui était privé d’investir tant la sphère publique que l’ensemble de la sphère domestique, reconfigurant ainsi ces espaces et leurs compréhensions traditionnelles (Mowlabocus, 2010). Grâce aux nouvelles technologies, ladite culture pornographique a également pénétré dans le monde des jeunes, leur chambre à coucher en particulier.

À ce titre, un article publié sous la rubrique éducation du Devoir débute par ce qui se veut un constat clair et objectif quant au « grand désarroi » des adolescents et, surtout, des adolescentes face à un trop-plein de sexualité rendu accessible au moyen de la pornographie en ligne :

En mettant l’accent sur une sexualité banalisée et accessible, une sexualité en somme plus mécanique, la société québécoise envoie un signal extrêmement ambigu à ses jeunes au point que l’on assiste à un renversement étonnant. Aujourd’hui, les adolescents font l’amour et rêvent d’être amoureux alors qu’avant ils étaient amoureux et rêvaient de faire l’amour. Une tendance de plus en plus lourde, dont les filles sont les premières victimes (Rioux Soucy, 2005a).

La photo qui accompagne l’article représente une jeune fille de dos, assise seule à son bureau, face à son ordinateur, se dénudant une épaule devant ce qui semble être de la pornographie à l’écran. La photo est légèrement floue et prise de derrière le cadre de porte d’une chambre d’adolescente; une porte ouverte sur un monde mystérieux, opaque et potentiellement dangereux. La légende suppose quant à elle une influence directe de la pornographie sur les jeunes et se lit ainsi : « L’éducation sexuelle de beaucoup de jeunes vient des sites pornographiques qu’ils fréquentent sans aucun filtre » (Rioux Soucy, 2005a). L’image et sa légende illustrent le monde à part dans lequel vivraient les ados, à l’abri de la surveillance des parents. Ces derniers, à l’instar de la société toute entière, feraient mieux de s’y intéresser s’ils veulent protéger leurs enfants, ou plutôt, sauver leurs filles des dangers que représente la « mauvaise » sexualité sur internet. Le premier de ces dangers est situé sur le plan de la morale, alors que la sexualité prendrait désormais le pas sur l’amour dans la vie des jeunes filles qui sont désignées dans l’article comme étant les « premières victimes » de cette perte de valeurs sexuelles. La chambre à coucher, ou encore le sous-sol familial, sont des zones d’ombre dès lors qu’ils échappent à la surveillance des adultes et cette ombre devient particulièrement dangereuse lorsque s’y trouvent un ordinateur connecté à internet, une caméra web et autres technologies numériques.

Par ailleurs, il ressort de l’analyse des discours médiatiques sur l’hypersexualisation trois principaux dangers qui sont habituellement imputés à la pornographie en ligne (Carroll et al., 2008) : l’accessibilité, l’instantanéité et l’anonymat, associé à l’idée de leurre. Encore une fois, ce sont les jeunes filles qui sont comprises comme étant particulièrement vulnérables face à ces dangers, à commencer par celui que pose l’accessibilité. Si les premières préoccupations en la matière furent historiquement exprimées à l’égard de l’accès des classes ouvrières à la pornographie—privilège jusque-là réservé à l’élite (Slayden, 2010)—les nouvelles technologies ont étendu cette démocratisation à certains groupes qui, par exemple, pouvaient difficilement se rendre au sex shop ou dans une salle de cinéma érotique (en l’occurrence, les femmes et les personnes mineures). L’internet et les nouveaux médias participent ainsi des enjeux d’âge, de sexualité, de genre et de classe sociale qui informent la pornographie depuis longtemps. Plus encore, si des anxiétés liées aux représentations de la sexualité ont ponctuellement émergé avec l’apparition d’une nouvelle technologie, les groupes jugés plus vulnérables et donc à protéger face à la prolifération pornographique sont demeurés sensiblement les mêmes : les femmes et les enfants mais aussi les classes populaires.

L’autoproduction de contenu sexuellement explicite qui est rendue possible par l’accès aux nouveaux médias est souvent comprise comme amplifiant la menace de l’hypersexualisation, particulièrement celle qui pèse sur les filles qui s’exposent dans la sphère publique :

De plus en plus d’écoles composent avec des situations malheureuses où, après avoir clavardé naïvement avec un inconnu, une jeune fille a expédié photos ou vidéos à son interlocuteur pour les retrouver ensuite dans l’immensité du Web. … « Je dis aux jeunes: Afficheriez-vous une photo de votre vulve en plein Journal de Montréal, avec votre nom et votre adresse en dessous? Non? Mais c’est exactement ce que vous faites en expédiant une image de vous nue sur Internet! », explique Louiselle Roy, directrice du programme français pour le Réseau Éducation-Médias. (Chouinard, 2005b)

Cet extrait montre bien comment les médias traditionnels (le journal) sont compris comme ne présentant pas de dangers imminents pour les filles qui savent déjà comment s’y conduire (elles n’y afficheraient pas une photo de leur vulve), contrairement au web par rapport auquel elles seraient encore « naïves ». Ironiquement, cette naïveté est attribuée à une génération dont on dit qu’elle est née avec les nouvelles technologies et qu’elle délaisse massivement les médias traditionnels. La contradiction est ici frappante mais néanmoins récurrente dans les discours sur l’hypersexualisation des jeunes, trahissant peut-être la propre méconnaissance et la méfiance de certains adultes face aux nouvelles technologies. Par ailleurs, le danger que pose l’accessibilité accrue à du contenu pornographique est renforcé par celui de l’instantanéité. Non seulement ces images sont accessibles au plus grand nombre, mais elles peuvent aussi l’être de façon accidentelle à travers des pop-ups et autres sites « si facilement accessibles que les adolescents y sont parfois exposés sans même les avoir cherchés au départ » (Sympatico/MSN, 2008).

De ces deux dangers constitutifs, ceux de l’accessibilité et de l’instantanéité, résultent de fâcheuses rencontres avec une mauvaise sexualité qui serait plus extrême que jamais : « Au club vidéo du coin, impossible de mettre la main sur une cassette étalant crûment la bestialité. Sur Internet toutefois, il s’agit d’un jeu d’enfant : il peut suffire de tapoter quelques lettres sur le clavier — b-e-s-t-i-a-l-i-t-y — pour que nous sautent au visage de perturbantes images » (Chouinard, 2005b). Dans cet extrait, le club vidéo d’antan devient un lieu plus sécuritaire que l’internet parce que plus encadré, les films pornographiques se trouvant presque toujours dans une pièce à part, située au fond du commerce et séparée par une porte (grinçante), où seuls les hommes adultes osent généralement s’aventurer. Il s’agit également d’un lieu plus sécuritaire sur le plan moral puisqu’il n’offre supposément pas certains contenus jugés extrêmes. En comparaison, dans bon nombre de discours médiatiques sur l’hypersexualisation, l’internet est fréquemment posé comme le lieu de tous les extrêmes et des sexualités atypiques, contaminant directement l’univers des jeunes. Au monde réel, il substituerait une réalité virtuelle dans laquelle tout est permis sur le plan sexuel.

Par ailleurs, le club vidéo est un lieu public où chaque client doit subir le regard de ses pairs. En effet, si la pornographie est décriée comme étant trop publique, sa consommation, sa production et sa diffusion se devraient néanmoins d’être surveillées (« privé » ne signifiant pas ici à l’abri de tous les regards). Cette surveillance suppose non seulement une certaine discipline, du moins une « conduite des conduites » (Foucault, 1994), mais elle pose également le club vidéo comme un espace communautaire, contrairement à l’internet, qualifié d’« outil individualiste suprême » (Robert, 2005, p. 61) qui se fréquente bien souvent en solo et en privé. L’internet procure ainsi un anonymat qui participe du danger de l’accessibilité au contenu pornographique en permettant, entre autres, aux femmes et aux jeunes filles de se soustraire à la surveillance du club vidéo, du cinéma érotique ou du sex shop. Le danger de l’anonymat est également compris en termes de leurre alors que certains prédateurs pourraient se faire passer pour ce qu’ils ne sont pas : un homme adulte qui se ferait passer pour une jeune fille sur des sites de clavardage par exemple.

Aux frontières de l’intimité

La sexualité marchande est, au même titre que la sexualité loisir, régulièrement mise en cause dans les discours sur l’hypersexualisation, en particulier lorsqu’il est question de la pornographie en ligne qui désacraliserait la relation amoureuse/sexuelle. Et il semble que ce soit d’abord contre cette désacralisation qu’il importe d’agir et de protéger les jeunes (filles) :

L’impact du cybersexe semble quasiment incontournable : il banalise la sexualité et enlève tout le sacré que certaines personnes accordent à des relations entre deux personnes. Il faut préserver l’enfance, l’adolescence, développer l’esprit critique. Il faut organiser une riposte percutante pour contrer le cybersexe. (FQPN, 2004, p. 11)

L’industrie pornographique, au même titre que celles de la publicité et du marketing, est comprise comme étant essentiellement amorale, prête à tout marchander jusqu’à la sexualité, qui pourtant devrait demeurer le dernier espace sacré, non contaminé par l’industrie. Bon nombre de ces discours s’insèrent ainsi dans une critique plus large du système (néo)libéral, alors que ceux et celles qui les énoncent se positionnent souvent comme de gauche et progressistes. C’est le cas du professeur de sociologie Richard Poulin, très présent à titre d’expert tant dans les médias que dans divers événements académiques et/ou militants, qui met régulièrement en cause le patriarcat, le capitalisme et le néolibéralisme dans l’exploitation sexuelle des femmes et des enfants : « Le capitalisme marchandise le sexe et tout indique qu’avec la mondialisation néolibérale, le sexe tarifé, le sexe marchandise, sous ses différentes formes, étend son emprise dans la vie sociale, trouvant une légitimité, une normalisation et une banalisation inégalées » (Poulin, 2005, p. 13).

Ce que révèlent cependant ces critiques à l’endroit d’une sexualité jugée excessive, publique et marchande est l’efficacité d’une intimité normative. En effet, bon nombre de discours médiatiques à propos de l’hypersexualisation posent la valeur et l’authenticité de la relation sexuelle en tant qu’expérience hautement intime, de la même manière qu’ils construisent l’intimité comme un espace sacré pour la sexualité elle-même sacralisée. Les frontières de l’intimité seraient aujourd’hui bousculées, notamment par la pornographie en ligne et son intrusion dans le monde des jeunes. Cela participerait d’un phénomène social d’« extimité sexuelle » caractérisé par un excès d’individualisme et de visibilité de ce qui relèverait pourtant de l’intime :

En montrant leur corps le plus possible, les filles et de plus en plus de jeunes hommes prétendent symboliquement ne rien avoir à cacher. Ce phénomène d’extimité (Tisseron, 2001) répondrait au « besoin d’intéresser les autres dans une société individualiste où le regard de chacun est tourné vers soi ». Les jeunes sont si familiers avec les codes, par exemple, de la téléréalité, axée sur le dévoilement de ce qui devrait appartenir à l’intime, qu’ils perçoivent la pudeur comme un geste antisocial et qu’ils confondent le dévoilement de soi avec l’authenticité. Il n’est par ailleurs pas plus cool d’être straight et heureux que d’être pudique, puisque les comportements dérangeants et dérangés ont le privilège d’attirer les médias. (italiques originales, Julien, 2009, p. 10)

L’amalgame entre pudeur, bonheur et conservatisme (ou plutôt être straight, un terme ayant une double connotation puisqu’il désigne dans le langage courant aussi bien la rectitude et le conformisme qu’une personne hétérosexuelle) est ici frappant. Aussi, en déplorant que les jeunes perçoivent désormais « la pudeur comme un geste antisocial » dans une société de l’extime, l’auteure pose la pudeur et l’intimité comme une frontière constituante de la (bonne) société. La pornographie, la téléréalité et la mode hypersexualisée participeraient ainsi de mauvaises formes de sexualisation s’opposant à une intimité normative garante de rapports sociaux et sexuels hiérarchisés.

Par ailleurs, un autre signe du recul des frontières de l’intimité mais aussi du problème de l’hypersexualisation et de l’influence directe de la pornographie sur les comportements et les attitudes résiderait dans la tendance à l’épilation intégrale du pubis, « pratiquée par une très grande majorité de jeunes et qui entraîne le voyeurisme en donnant une extrême visibilité des parties génitales tout en véhiculant l’image d’un corps infantilisé, aseptisé, pré-pubère, voire vierge » (Julien, 2009, p. 10). Cette pratique rendrait non seulement plus visibles les parties génitales, pour ne pas dire « intimes », mais elle viendrait également brouiller les frontières entre adultes et enfants : « L’épilation totale du pubis, qui efface toute distinction entre l’adulte et l’enfant, est aujourd’hui une pratique très répandue, y compris chez les jeunes hommes, ce qui montre bien l’influence de la pornographie sur les mentalités ainsi que sur les pratiques sociales et intimes » (Poulin, 2005, p. 18).

La mise en relation entre la catégorie d’âge et la sexualisation qui est effectuée dans et à travers les discours médiatiques à propos de l’hypersexualisation révèle un paradoxe flagrant. En effet, si on accuse les jeunes d’adopter des comportements sexuels et des tenues qui ne sont pas de leur âge, ces mêmes comportements et tenues seraient trop « jeunes » pour les adultes plus âgés : « Faire jeune est devenu plus important que d’avoir l’air distingué ou intelligent! Les adultes, les baby-boomers en particulier, ne veulent pas vieillir et empruntent aux jeunes leurs habits et leurs coiffures » (italiques originales, Julien, 2009, p. 11). Autrement dit, les plus jeunes imiteraient les adultes qui eux-mêmes emprunteraient les codes des jeunes par refus de vieillir. Et dans chaque cas, la sexualisation serait inappropriée et excessive puisque qu’elle transgresserait les normes du bon corps sexualisé et de la bonne sexualité, se comprenant notamment en fonction de l’âge.

Plus précisément, ce n’est pas tant l’âge qui est en cause que les différents moments d’un cycle de vie auxquels sont associés des comportements sexuels et des rôles sociaux spécifiques : « Les enfants se comportent comme des adolescents, les adolescents comme des adultes, et nombre d’adultes sont en crise d’adolescence… Il y a non seulement perte des repères intergénérationnels, mais également brouillage des rôles sociaux » (Poulin, 2009, p. 14). Cette citation tirée d’un texte dénonçant notamment la « publicité “porno chic” » laisse entendre qu’il y aurait un cours normal des choses, des moments bien circonscrits et inscrits dans une ligne temporelle posée comme naturelle et rythmant la vie de chacun. L’artificialité de la sexualité marchande viendrait corrompre cet ordre naturel des choses en bouleversant, entre autres, ses catégories d’âge ou moments de vie spécifiques : l’enfance, l’adolescence, l’âge adulte. Le texte s’en prend ainsi à une société consumériste et pornographique qui pousserait les jeunes à consommer et à pratiquer trop tôt une sexualité adulte. Or il se rapporte à un cycle de vie hétéronormatif et un axe temporel bourgeois basés sur la procréation, la famille et l’économie, identifiés comme tels par la littérature queer : « Birth – childhood – adolescence – early adulthood – marriage – reproduction – child rearing – retirement – old age – death – kinship inheritance » (Taylor, 2012).

Même lorsqu’il n’est pas explicitement nommé, l’âge fonctionne comme une catégorie qui suit et ponctue une ligne temporelle hétéronormative. C’est lui qui informe, notamment, la frontière entre le monde des adolescents et celui des adultes, leurs normes et sexualisations respectives. Cette frontière, il importe de la renforcer, puisqu’elle est bousculée par l’hypersexualisation des jeunes comme celle des personnes plus âgées. Plus encore, c’est l’âge naturel de la sexualité qui serait mis à mal :

La sexualité n’a plus d’âge aujourd’hui! Elle est inscrite partout : chez les enfants, les adolescents, les adultes et les personnes âgées. Le Viagra s’insère bien dans ce paysage-là! … Les jeunes d’aujourd’hui écoutent la même musique que leurs parents. Ils s’habillent souvent de la même façon. Ils se teignent les cheveux de la même couleur. Ils sont cools comme leurs parents. Et ils pratiquent le sexe comme leurs parents. (Baltzer, citée dans la Gazette des femmes, 2005, p. 18)

S’il est un moment du cycle de vie auquel avoir des relations sexuelles est considéré comme précoce, il y en a un autre auquel il serait naturel d’arrêter d’avoir un certain type de relations sexuelles. À tout le moins, il serait contre nature de stimuler artificiellement ses capacités sexuelles, comme en fait foi l’évocation du Viagra dans l’extrait ci-dessus. Les adultes refuseraient non seulement de vieillir mais ils refuseraient la fatalité du vieillissement. Au même titre que les adolescentes précoces, ils s’opposeraient à ce qui serait naturellement de leur âge. Par ailleurs, cela vient actualiser une conception biologisante de la sexualité, essentialisant en retour l’âge et le genre. Les jeunes filles comme les femmes plus âgées transgresseraient non seulement ce qui est propre à leur âge (moment d’un cycle de vie hétéronormatif) mais aussi à leur genre qui, normalement, les amènerait à favoriser l’amour à la sexualité, la procréation au loisir/plaisir : « Ces femmes [qui adoptent des tenues hypersexualisées] ne sont pas toutes en âge de procréer, puisque des fillettes, des ado-naissantes, des adolescentes et des femmes ménopausées suivent cette mode » (italiques originales, Julien, 2010, p. 89).

Conclusion

La démocratisation et la mobilité de la pornographie, favorisées entre autres par les nouvelles technologies et les nouveaux médias, engendrent des anxiétés sociales et le redéploiement de rapports de force spécifiques autour de groupes pour qui l’accès à du contenu sexuel explicite a toujours été considéré comme particulièrement risqué. Si les liens entre sexualité et technologie sont depuis longtemps sources de craintes, c’est surtout la pornographie en ligne qui est au cœur des tensions et enjeux actuels, en l’occurrence, de ceux qui informent le problème de l’hypersexualisation des jeunes. En favorisant un accès sans précédent à la pornographie, l’internet représenterait l’un des principaux obstacles à l’éducation parentale et à la transmission sociale de valeurs et de normes sexuelles, celles d’une « bonne sexualité » qui se doit d’être pratiquée dans l’intimité et à l’intérieur de la relation amoureuse, monogame, hétérosexuelle. Internet et les nouveaux médias permettraient une omniprésence de représentations sexuelles explicites et extrêmes qui aurait pour effet de faire reculer les frontières de l’intimité. Qui plus est, de « mauvaises » formes de sexualité (publiques, adultes, hors normes) s’insinueraient dans le monde des jeunes par leur usage jugé excessif des nouvelles technologies, à l’abri du regard parental. Et c’est sur cette base que pourront, notamment, être justifiées diverses mesures de contrôle et de surveillance, à commencer par le renforcement de l’autorité parentale :

Internet est une nouvelle influence extérieure qui s’insinue dans l’intimité des adolescents mieux que leurs parents. Ils en ont fait l’un des symboles d’identification de leur génération. Mais cette nouvelle influence extérieure, capable du meilleur comme du pire, est peu ou pas balisée par les parents. Pour continuer à assurer la protection des enfants, il importe de reconnaître la gravité du problème de l’hypersexualisation des jeunes, de s’informer et de s’impliquer auprès des adolescents, d’afficher ses positions, de négocier ses limites, d’affirmer ses valeurs et de les faire respecter. (Brouillette et Courchesne, 2008)

La pornographie viendrait donc non seulement brouiller les frontières entre public et privé, entre le monde des adultes et celui des adolescents, elle brouillerait également les compréhensions des jeunes quant à ce qu’est la bonne intimité et, corollairement, la bonne sexualité. Aussi, les discours sur l’hypersexualisation des jeunes et la pornographisation de la culture mettent en lumière les tensions liées depuis toujours à la sexualité féminine, dont celle de la sexualité sans procréation et publicisée. Ils réarticulent l’idée séculaire faisant s’équivaloir la démonstration publique de la sexualité féminine avec le danger et la promiscuité sexuelle. Par ailleurs, la pornographie au croisement des nouvelles technologies fonctionne dans bon nombre de discours médiatiques sur l’hypersexualisation de manière à démontrer certaines matérialités de l’excès, qui s’incarne et se comprend notamment en termes d’exposition de l’intimité, d’âge, de prédation, de leurre, et autres. L’excès est amené ici en des endroits où il est possible de l’exposer (pornographie en ligne) et de le contenir (surveillance parentale, etc.).

En revanche, la pornographie en ligne ne fait pas que brouiller les frontières entre une sexualité adulte et le monde des jeunes, entre ce qui peut être rendu public et ce qui devrait demeurer intime. Elle met également au défi les procédures de contrôle du système (néo)libéral, en particulier sur la déviance, de par l’accessibilité à la consommation, à la production et à la diffusion de contenu pornographique qu’elle permet. S’il est concevable de militer en faveur de règlementations plus sévères en matière de contenu sexuellement explicite et/ou sexiste dans les médias traditionnels, l’internet apparaît pour sa part comme un monde insaisissable et ingouvernable : « Est-il possible de bloquer sept millions de sites Internet ? » (FQPN, 2004, p. 11). Ainsi, les solutions fréquemment mises de l’avant afin de contrer les effets néfastes de la pornographie en ligne, en particulier sur les jeunes, passent par la sphère privée, la famille et l’éducation : « Cette éducation devrait par ailleurs comporter une dimension d’éducation morale qui permette de compléter la triade éducative Média, Moralité et Mutualité » (Lamb, 2009, p. 48).

Bon nombre de discours dénonçant l’hypersexualisation et la pornographie en ligne condamnent le néolibéralisme et sa marchandisation des corps et des sexualités mais plaident néanmoins en faveur d’un espace de l’intimité, sexuel et familial, privé. Or, la conjugalité, la famille et la privatisation de l’intimité sont à la base de l’idéologie capitaliste. En effet, le mariage et le modèle familial traditionnel forment une institution qui se veut la norme encore de nos jours et dont la « fonction est non seulement de sexualiser certains types de rapport, celui du couple dans le cadre de la famille, mais également de désexualiser d’autres domaines et institutions de la vie sociale » (Daoust, 2005, p. 98). En outre, le processus hégémonique par lequel l’intimité est reléguée au privé sert la culture normative hétérosexuelle en refusant la pertinence du sexe comme forme de médiation, de participation et de représentation dans l’espace public. Cela a pour effet, notamment, de restreindre l’accès de certaines populations sexuelles non normatives tant au statut de public qu’aux institutions de l’intimité (Berlant, 1997). Si le privé est encore politique pour bon nombre d’experts et autres acteurs médiatiques qui se prononcent au sujet de l’hypersexualisation, il semble qu’il le soit désormais en tant qu’espace privilégié de l’intimité (sexuelle) d’abord et avant tout—un espace qui serait aujourd’hui attaqué, envahi et corrompu par la pornographie en ligne tout particulièrement.

Notes

  1. Parmi les principales solutions proposées et mesures concrètes adoptées afin de lutter contre l’hypersexualisation des jeunes, notons « un vaste mouvement de réforme des codes vestimentaires qui a été entrepris dans les écoles secondaires pour éliminer la mode sexy » (Caron, 2009, p. 8). En 2005, l’aile jeunesse du Parti libéral du Québec s’est même prononcée en faveur d’une loi qui interdirait le port du string à l’école (Robitaille, 2005). Par ailleurs, en 2007, le gouvernement conservateur de Stephen Harper a fait adopter le projet de loi C-22 amendant le Code criminel canadien afin de hausser l’âge légal du consentement sexuel. Alors qu’il cherchait à répondre aux craintes qu’inspirent l’hypersexualisation et la cyber-pédophilie, ce projet de loi est venu, dans les faits, « criminaliser des relations consensuelles entre adolescents (14 à 16 ans) et adultes (différence d’âge de plus de 5 ans) » (Desrosiers et Bernier, 2009, p. 13). À cela s’ajoutent divers programmes d’éducation sexuelle et d’éducation aux médias, des plaidoyers en faveur d’un renforcement de l’autorité parentale et de la surveillance d’internet, etc.
  2. C’est le cas de la sexologue Jocelyne Robert, par exemple, qui jouit d’une renommée non négligeable alors qu’elle est régulièrement invitée dans les médias à titre d’experte des questions de sexualité et d’hypersexualisation des jeunes et qu’elle est très active sur les réseaux sociaux en plus d’être une auteure à succès.

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