Canadian Journal of Communication Vol 42 (2017) 253–272 
©2017 Canadian Journal of Communication Corporation 
http://doi.org/10.22230/cjc.2017v42n2a3126


Expérience du vieillissement et expérience médiatique : nouvelles dynamiques et fracture numérique du second degré à La Réunion

Flavie Plante
École des métiers de l’accompagnement de la personne (EMAP) Université de La Réunion

Flavie Plante travaille pour l’École des métiers de l’accompagnement de la personne (EMAP). Elle est aussi Chercheure associée au Laboratoire de recherche ICARE (Institut Coopératif Austral de recherche en éducation) de l’Université de La Réunion. Courriel : flavie.plante@univ-reunion.fr .


ABSTRACT  Understanding the relationship that older people develop with information and communication technologies is complex. Basing itself on the assumption that age, gender, and social class are not sufficient to understand this relationship, this article suggests combining the mechanisms of aging with those of media experience. This combination allows us to identify dynamics around recovery, deception and active and inactive attitudes around technologies. Applied to 35 retired individuals living in Réunion, these dynamics fuel the definition of the “second order digital divide,” the understanding of which depends on taking into account the stakes involved in the representation of old age.

KEYWORDS  Media and mass media; Old age; Digital divide; Media experience; Identity

RÉSUMÉ  Comprendre la relation que les personnes âgées développent avec les technologies de l’information et de la communication est complexe. Partant du postulat que l’âge, le genre et la classe sociale ne sont pas suffisants pour saisir cette relation, cet article propose de combiner les mécanismes du vieillissement à ceux de l’expérience médiatique. Cette combinaison permet de dégager des dynamiques autour de la reprise, de la déprise et des attitudes actives et inactives autour des technologies. Appliquées à 35 individus à la retraite vivant à La Réunion, ces dynamiques alimentent la définition de la fracture numérique du second degré dont la compréhension dépend ici de la prise en compte des enjeux de la construction de la vieillesse.

MOTS CLÉS  Médias et médias de masse; Vieillesse; Fracture numérique; Expérience médiatique; Identité


 

Introduction

En France, la relation que les personnes âgées (PA) entretiennent avec les technologies de l’information et de la communication (TIC) connaît depuis ces dernières années un certain nombre de questionnements (Le Douarin et Caradec, 2009; Pecolo, 2011, etc.). Ces interrogations portent majoritairement sur les usages et les non-usages de ces technologies. L’âge est alors régulièrement invoqué pour expliquer la fracture numérique du second degré existant entre les jeunes générations et celles des plus de 50 ans. Mais lorsque l’on compare les individus d’une même génération, l’âge n’est plus une variable suffisante pour appréhender les logiques d’usage des plus âgés (Caradec, 2001). La classe sociale et le genre (Granjon, 2009 ; Bourdeloie et Boucher-Petrovic, 2014) sont alors également analysés pour comprendre les usages inégaux des TIC chez ces individus dont le seul véritable point commun, en ce qui concerne ces objets, est d’avoir vécu l’intégralité de leur enfance et plus de la moitié de leur vie d’adulte sans ces nouvelles technologies.

Mais là encore, face à la complexité de ce moment de vie qu’est la vieillesse, ces variables ne semblent pas non plus suffire pour appréhender le rapport des personnes âgées aux TIC. Par exemple, deux personnes du même âge et du même sexe peuvent avoir des usages médiatiques différents. De même, des individus issus de la même catégorie socio-professionnelle peuvent gérer leur rapport aux technologies inégalement. Si nous reconnaissons que la prise en compte de ces variables est nécessaire, nous proposons d’analyser les comportements et les représentations des personnes âgées face aux TIC en combinant l’expérience médiatique et l’expérience du vieillissement de ces individus. De cette manière, les usages des TIC par les personnes âgées entrent dans un processus englobant rapport au vieillissement et rapport aux médias (anciens et nouveaux).

Pour ce faire nous allons, dans une première partie, à la fois définir l’expérience du vieillissement et l’expérience médiatique. Dans une seconde partie, nous proposerons de croiser ces expériences afin d’établir une grille de compréhension des usages des technologies par les personnes âgées. Cette grille est basée sur des dynamiques qui résultent des mécanismes du vieillissement et des attitudes actives ou inactives face aux objets médiatiques. Elle sera appliquée à un corpus composé de 35 individus âgés de 55 à 89 ans vivant à La Réunion. Ce corpus sera également présenté dans cette seconde partie. Enfin, nous montrerons comment ces dynamiques peuvent alimenter la compréhension de la fracture numérique du second degré. En effet, l’approche choisie permet de réévaluer les inégalités existantes entre les jeunes générations et leurs aînés en tenant compte des spécificités du processus du vieillissement.

La vieillesse et ses expériences

L’expérience du vieillissement

Apprendre à être vieux

La définition de la vieillesse fait débat. Les premières tentatives pour délimiter ce moment de vie se font autour de l’âge. Cependant, comme pour la définition de la jeunesse, une catégorisation en fonction de l’âge ne semble pas suffire pour définir la vieillesse. Dans un article intitulé « À quel âge est-on vieux? », Bernard Ennuyer (2011) s’interroge sur la pertinence du recours à l’âge pour comprendre la période allant de la retraite à la mort.

De plus, tout comme la jeunesse, la vieillesse fait l’objet de certaines représentations et a priori qui contribuent à fausser sa définition. Par exemple, pour Vincent Caradec, dans les mentalités, cette période de l’existence est le plus souvent associée à deux images opposées : « le retraité actif (jeune senior) » (« prolongement de la vie d’adulte, placé sous le signe de l’accomplissement de soi ») et « la vraie vieillesse » (« personne âgée dépendante ») (2008a, p. 28). Toujours selon ce chercheur, cette vision bipolaire de la vieillesse ne permet pas de rendre compte de la complexité de ce moment de vie. La compréhension de cette période de l’existence repose sur la prise en compte des « épreuves » que les individus traversent. En effet, de nos jours, les hommes et les femmes doivent affronter des épreuves, des « défis historiques socialement produits, inégalement distribués » (Martuccelli, 2006, p. 12). Selon Vincent Caradec (2007),

Ces épreuves se trouvent ainsi saisies à la fois au niveau sociétal, à travers une caractérisation présentée sous la forme d’une tension entre deux principes conflictuels, et au niveau des expériences individuelles, à travers l’étude de la manière dont les individus s’y confrontent et les surmontent différemment en fonction des « amortisseurs » sociaux dont ils parviennent à s’entourer. (p. 12)

Par exemple, au moment de la vieillesse, la retraite constitue une épreuve que l’individu doit affronter.

La vieillesse n’est donc pas un état acquis de droit. Comme il faut apprendre à être adolescent et comme il faut apprendre à devenir adulte, la vieillesse se construit grâce à une série d’épreuves et d’apprentissages. Parler d’apprentissage de la vieillesse c’est reconnaître que ce moment de vie est un processus dynamique. Nous entrons ici dans une perspective qui « permet … d’insister sur la diversité des adaptations et de dépasser une conception binaire de la vieillesse (troisième âge/quatrième âge); les transitions apparaissent enfin comme des points d’observation privilégiés de mécanismes de renégociation (avec soi-même, avec autrui, avec son environnement matériel) de sa place dans le monde, mécanismes constitutifs du vieillissement » (Caradec, 1998, p. 135).

Nous allons donc nous intéresser à l’expérience du vieillissement car « il n’y a pas qu’une seule façon de vieillir et les événements varient d’un individu à l’autre » (Lauzon, 1980, p. 4).

Les mécanismes : déprise, reprise

Comme le rappelle Jean-Serge Lauzon (1980), les théories pour penser le vieillissement sont complexes. Parmi elles, celles de l’activité, du désengagement, de la déprise et plus récemment de la reprise sont les plus souvent utilisées.

La théorie de l’activité a été développée aux États-Unis à partir des années 1950. Selon cette théorie, le vieillissement réussi passe par « une attitude volontariste consistant à maintenir un niveau élevé d’engagement : il s’agit de compenser la perte de certains rôles antérieurs par l’intensification d’autres rôles comme celui de citoyen ou par l’investissement de nouveaux rôles comme celui de grand-parent, l’adaptation se trouvant facilitée par une qualité qu’il convient d’entretenir, la “flexibilité des rôles” » (Caradec, 2008b, p. 98). La théorie du « désengagement se traduit par une diminution du nombre de rôles sociaux joués par l’individu, par une baisse de ses interactions sociales et par un changement dans la nature de ses relations qui sont désormais davantage centrées sur les liens affectifs et moins sur la solidarité fonctionnelle » (Caradec, 2008b, p. 98). Ce désengagement est réciproque : « D’un côté, la personne âgée, dont les capacités diminuent, se tourne de plus en plus vers elle-même et se détache émotionnellement du monde; de l’autre, la société lui retire les rôles sociaux qu’elle lui avait octroyés » (Caradec, 2008b, p. 99).

La théorie du désengagement connaît un certain nombre de critiques. En France, des chercheurs comme Barthes et al. (1988), Clément (2010) ou bien encore Caradec (2008) préfèrent parler de déprise pour définir le processus de négociations et d’adaptations qui permet à l’individu vieillissant de développer de nouvelles activités ou de modifier ces pratiques afin qu’elles soient plus adaptées à son état : « Il s’agit d’un processus de réaménagement de la vie qui tient compte des modifications dans les compétences personnelles, de la trajectoire de vie antérieure, des situations interpersonnelles d’aujourd’hui dans un contexte social particulier » (Clément et Membrado, 2010, p. 118). Pour comprendre le processus de déprise, Caradec a analysé « d’une part, les contraintes nouvelles, qui surgissent au fil de l’âge et qui constituent les déclencheurs des reconversions; d’autre part, les stratégies de reconversion mises en œuvre par ceux qui vieillissent pour faire face à ces contraintes » (2007, p. 15).

En complément de la déprise, la reprise traduit des dynamiques de récupération. Employée dans le domaine de la santé, cette notion y est définie comme un phénomène qui « rend compte d’un nouvel enrichissement des interactions sociales lié à l’augmentation (réelle ou perçue) de son potentiel, à la fois un retour de la vitalité, une augmentation des opportunités d’engagement et une comparaison sociale plus favorable pour l’estime de soi » (Marsault et Knobé, 2012, p. 546). Regain d’énergie, regain de motivation, la reprise pourrait donc être une approche complémentaire de la déprise, marquée par une attitude positive, de nouvelles envies et de nouveaux objectifs.

Face à la richesse et à la complexité de ces phénomènes, nous proposons de comprendre le rapport des personnes âgées aux TIC en analysant les mécanismes du vieillissement. Nous définissons le vieillissement comme un processus en construction permanente marqué par des mécanismes de déprise et de reprise conduisant l’individu à s’engager ou se désengager dans différentes activités de la vie quotidienne (participation à la vie familiale, relations sociales, gestion de la santé, choix des loisirs, rapport à la formation, utilité sociale, etc.) en fonction de l’évolution de ses capacités (physiques, sociales, matérielles, psychologiques, intellectuelles, etc.) et de son envie d’avoir prise sur le moment de vie qu’il traverse. Ces mécanismes ne sont pas linéaires mais varient d’une épreuve à une autre, du renoncement à une activité au démarrage d’une autre. Parmi ces activités, les usages médiatiques—en particulier ceux des TIC—occupent une place particulière.

L’expérience médiatique

Personnes âgées et technologies : une relation complexe

Dans le monde anglo-saxon, au début du 21ème siècle, les recherches sur les PA et les médias ont été favorisées par le secteur économique, soucieux de construire des technologies numériques capables de séduire cette cible potentielle (Alm, Gregor et Newel, 2002). Ces recherches concluent que la relation des personnes âgées avec les médias numériques est complexe. Différents facteurs doivent être pris en compte pour tenter d’approcher la compréhension des personnes âgées (« older users ») comme usagers. Plusieurs approches vont alors être utilisées. Parmi elles, citons les approches comparatives entre usages juvéniles et usages par les PA. Par exemple, Ulrike Pfeil et ses collaborateurs (2009) comparent les usages de sites de réseaux sociaux par de jeunes individus (13-19 ans) à ceux par des personnes âgées (plus de 60 ans). Tobias Nef, lui, s’intéresse au rôle des réseaux sociaux dans la communication entre les jeunes générations et leurs aînés (Nef et al., 2013). D’autres chercheurs proposent des stratégies d’éducation pour faciliter l’adoption des nouvelles technologies par les PA (Xie, 2012).

Si ces recherches ont permis d’éclairer la complexité de la relation médiatique au moment de la vieillesse, force est de constater que beaucoup d’entre elles ont tendance à vouloir trouver des solutions pour que les personnes âgées utilisent les médias numériques. Les technologies sont alors perçues comme des moyens pour améliorer la vie des seniors. Ainsi, Bo Xie, Ivan Watkins, Jen Golbeck et Man Huang (2012) écrivent :

As the older adults become more familiar with the technology, they will likely integrate it into their daily life in significant and profound ways. That will be the point where their use of social media reaches maturation. (p. 13)

De même pour Norman Alm, Peter Gregor, et Alan F. Newell (2002) :

Current and emerging technology has a great potential to assist older people to participate more in social and economic life. Older people can learn to use new technology, given sensitive and effective teaching and support. New developments in this technology offer the possibility of considerably enhancing the lives of older people, in terms of productivity, communication, and support. (p. 6)

En France, Edgar Morin (2001), en observant l’apparition des innovations techniques dans un petit village dans les années soixante, fait partie de la première vague de chercheurs à s’intéresser au rôle du contexte social dans la compréhension des usages des médias par les PA. À travers les dénominations de « vieux rustiques » et de « quinqua-sexagénaires », les premières segmentations de la vieillesse apparaissent et sont utilisées pour tenter de comprendre les usages médiatiques pendant cette période de la vie.

Pour Vincent Caradec (2001a), il faut dépasser les idées préconçues selon lesquelles soit une personne âgée est incapable de se servir des nouvelles technologies, soit, appelée senior, elle est enthousiaste à l’égard des objets numériques et plus particulièrement d’internet. Pour ce chercheur, les PA développent à la fois des usages et des non-usages. Il identifie une pluralité de justifications des absences d’usages. Ce chercheur répertorie alors les facteurs qui peuvent expliquer les usages et les non-usages des médias par les PA. Il conclut que « les personnes rencontrées ont de bonnes raisons d’avoir recours aux appareils techniques qu’elles utilisent et qu’elles ont aussi de bonnes raisons de ne pas avoir recours aux appareils qu’elles n’utilisent pas » (2001b, p. 121). Caradec appelle ces bonnes raisons « logiques d’usage ». Un même discours peut contenir plusieurs « logiques d’usage ». De plus, ces logiques peuvent évoluer avec l’âge. Ce chercheur définit alors quatre « logiques d’usage » [« logique utilitaire », « logique identitaire », « logique de la médiation », « logique d’évaluation » (Caradec, 2001b)]. Notons également que Caradec ne s’est pas uniquement intéressé aux médias mais à divers appareils technologiques faisant partie du quotidien des PA.

Dans les recherches francophones, le rôle symbolique de la relation médiatique est aussi observé, conduisant à un glissement des recherches sur les usages vers les pratiques médiatiques. Par exemple, pour Vincent Caradec et Hervé Glevarec (2003), plus que de simples activités du quotidien, les pratiques médiatiques accompagnent les PA à mesure qu’elles avancent en âge. En effet, « les médias participent à l’élaboration culturelle de ces diverses phases de l’existence et de ces moments de transition en fournissant une série de signes distinctifs (musicaux, vestimentaires, comportementaux) mobilisables par les individus pour s’intégrer à telle ou telle “communauté imaginée” ainsi que des modèles de conduite qu’ils peuvent s’approprier dans le cadre du travail sur eux-mêmes qui accompagne ces moments de passage » (Caradec et Glevarec, 2003, p. 19).

Le rapport au numérique est également observé. S’inspirant de recherches américaines, Séraphin Alava et Nadège Moktar parlent de « silver surfer » pour désigner les seniors qui développent des pratiques sur la toile. La compréhension de ces pratiques passe par la prise en compte de l’expérience identitaire.

Il ne suffit pas de dire que les personnes âgées ont grandi et travaillé à une époque où ces technologies n’existaient pas pour comprendre leur rapport aux technologies modernes. Il faut aussi prendre en compte le contexte dans lequel elles vivent aujourd’hui (leur réseau relationnel et familial, leur mode de vie, leur conception de la retraite). (Caradec, 2001)

En nous appuyant sur les recherches précédemment invoquées, nous pensons que pour comprendre la relation que les PA construisent avec les médias, il faut prendre en compte non pas uniquement les usages et non-usages actuels mais questionner plus globalement l’expérience médiatique des PA. Parler d’expérience médiatique, c’est reconnaître que la relation aux médias est dynamique. L’expérience inclut à la fois les usages médiatiques, les non-usages et les pratiques médiatiques. Rappelons-le, « l’usage est … plus restrictif et renvoie à la simple utilisation tandis que la pratique est une notion plus élaborée qui recouvre non seulement l’emploi des techniques (l’usage) mais les comportements, les attitudes et les représentations des individus qui se rapportent directement ou indirectement à l’outil » (Jouët, 1993, p. 371).

Bernard Miège (2008), ainsi que Philippe Breton et Serge Proulx (2002), distinguent également « usages » et « pratiques ». Pour Bernard Miège (2008),

Les pratiques ne se limitent pas à l’usage d’une TIC ou à la fréquentation de tel ou tel spectacle ou activités. Elles sont récurrentes, dans la mesure où elles s’inscrivent dans la durée et où les outils innovants doivent se mouler en elles ou du moins les prendre en compte; elles impliquent un sens, en ce qu’elles sont sous-tendues par des normes d’actions et des valeurs. (p. 139)

Usages, non-usages et pratiques sont des activités complémentaires et font de l’expérience médiatique un processus en construction permanente. Autrement dit, pour tenter d’approcher la complexité de la relation médiatique et essayer de comprendre pourquoi les personnes âgées utilisent les technologies de l’information et de la communication, il faut s’intéresser aux expériences passées et présentes des individus vieillissants avec les objets médiatiques. De cette manière, nous adoptons une vision dynamique des relations médiatiques qui nous conduit à nous intéresser autant aux anciens médias qu’aux nouveaux.

Attitude active, attitude inactive

Pour mieux comprendre cette expérience médiatique, nous nous sommes inspirée de Séraphin Alava et Nadège Moktar (2012) et avons adapté à notre réflexion les définitions des termes de « digitals inactives » et « digitals actives » (« inactifs numériques » et « actifs numériques »). Selon ces chercheurs, les PA ne sont ni entièrement « inactifs numériques », ni entièrement « actifs numériques ». Pour insister davantage sur l’ambiguïté de la relation TIC/PA, nous faisons le choix de parler d’attitude active et d’attitude inactive face aux technologies. Ainsi, nous prenons le parti pris que les réactions face aux objets technologiques sont changeantes. L’individu n’est plus soit actif soit inactif, il développe, en fonction des situations et de son expérience, des attitudes qui conduisent à des comportements d’adhésion ou de rejet face aux technologies. Ces comportements sont des réactions qui ne sont pas fixées une fois pour toute mais évoluent selon la nature de l’attitude (active ou inactive).

L’attitude inactive peut s’expliquer par des représentations négatives autour des médias comme la « peur des technologies et (les) difficultés à comprendre ces techniques » (Alava et Moktar, 2012). Elle peut également avoir pour origine une déconnexion volontaire (Jauréguiberry, 2014), des logiques d’usages conduisant la personne vieillissante à penser qu’elle a de bonnes raisons de ne pas utiliser des technologies (Caradec, 2002). En complément, l’attitude active est due à un sentiment d’adhésion aux technologies et des logiques d’usages conduisant la personne vieillissante à penser qu’elle a de bonnes raisons d’utiliser des technologies (Caradec, 2001). L’individu peut avoir une attitude active à un moment de sa vie et développer une attitude inactive à un autre.

Expérience du vieillissement et expérience médiatique : vers de nouvelles dynamiques

Pour explorer les dynamiques entre vieillesse et usages des technologies, nous proposons de croiser l’expérience du vieillissement et l’expérience médiatique (cf. figure 1). De ce croisement, nous pouvons définir quatre dynamiques face aux technologies, dynamiques qui varient selon les mécanismes du vieillissement et ceux de l’expérience médiatique.

F1

Dans la partie suivante, nous allons appliquer ce croisement et les dynamiques qui en résultent aux personnes âgées que nous avons rencontrées.

Mécanismes du vieillissement et attitudes face aux technologies : des dynamiques complexes

Terrain

Dans le cadre d’une recherche-action portant sur la conception d’une application à destination des personnes âgées vivant à La Réunion, nous avons élaboré un protocole de recherche dont l’un des objectifs était la compréhension des usages du numérique par ces individus. Pour atteindre cet objectif, nous avons réalisé des entretiens semi-directifs approfondis avec des individus à la retraite, âgés de 55 à 89 ans.1 Nous avons choisi la retraite afin d’essayer de rassembler des individus derrière une expérience commune. Il s’agit d’une expérience durant laquelle ces personnes procèdent à des négociations pour gérer cette épreuve de la vie et doivent apprendre petit à petit à être vieux (Lalive d’Epinay, 1996). Ces entretiens durent entre 1h et 1h30 et ont été réalisés aux domiciles des retraités. Dans ces entretiens, nous avons abordé des thématiques comme leurs perceptions des anciens et nouveaux médias, leurs usages et non-usages de ces médias, le rôle de la famille, du voisinage, des associations dans l’apprentissage des technologies de l’information et de la communication. Nous les avons également fait réagir sur le positionnement de soi par rapport à la vieillesse, les loisirs, le rapport à l’apprentissage, la santé. Privilégiant une démarche qualitative, nous avons rencontré 35 personnes. Ces 23 femmes et 12 hommes appartiennent à des catégories socioprofessionnelles différentes.

Nous avons ensuite procédé à une analyse qualitative qui répond aux conditions définies par Pierre Paillé (2011). Plus exactement, nous avons opté pour une analyse qui nous a permis de repérer, dans les discours, les thématiques qui se ressemblent. Nous avons notamment essayé de comprendre les pratiques et représentations des uns et des autres en procédant par aller-retour entre les différents entretiens. Comme le souligne Sophie Duchesne (2000) :

On trouvera parfois dans un entretien la chaîne de signification qui manquait à un autre pour être plus intelligible—on voit s’appliquer là le principe selon lequel tous les éléments du corpus ont du sens ensemble. La construction s’opère par tâtonnements, par un va-et-vient constant entre les schémas individuels, les embryons de modèles, et les retours aux textes des entretiens. (p. 32)

Si le choix d’une démarche qualitative ne permet pas d’obtenir des données généralisables, cette démarche a toutefois l’avantage de participer à l’enrichissement de la définition de l’expérience du vieillissement et de l’expérience médiatique en permettant de prendre en compte des personnes âgées aux profils variés. Ainsi, dans notre corpus, certains individus ne savent pas lire, d’autres vivent en dessous du seuil de la pauvreté. Certains vivent seuls, d’autres avec leurs enfants. Certains voyagent beaucoup, notamment pour aller rendre visite aux membres de leur famille installés en France métropolitaine, d’autres n’ont jamais quitté La Réunion. Dans le cadre de cette recherche, nous avons délibérément privilégié cette démarche et opté pour des parcours hétérogènes afin d’obtenir des positionnements et des représentations variés.

Adopter ce type de démarche dans une société créole comme La Réunion permet aussi d’approcher le rôle des spécificités de la société dans la construction de la vieillesse. En effet, La Réunion est une société en mutation (Wolff et Watin, 2010) dans laquelle les individus jouent un rôle important :

Plus que jamais, les Réunionnais jonglent avec les temps, les lieux, les modes et composent leur propre combinatoire en puisant dans un répertoire de références identitaires qui varient en fonction des contextes, des circonstances et des objectifs collectifs et individuels. (p. 11)

Dans ce département français d’outre-mer, le bien vieillir des « granmounes » (« personnes âgées » en créole réunionnais) préoccupe aussi bien les familles que les institutions publiques. Si le nombre D’EHPAD (établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) et de maisons de retraite est en augmentation, le maintien de ces personnes âgées à domicile est privilégié au placement en institution. Ce maintien est rendu possible grâce aux solidarités familiales encore très fortes. Le domicile personnel devient alors le « dernier chez soi » (Malon, 2004). Ce « dernier chez soi » présente certaines particularités : c’est l’habitation dans laquelle la personne vieillissante a construit la majeure partie de sa vie d’adulte. Parfois, elle y a fondé une famille et élevé des enfants. Ce « dernier chez soi » est donc un lieu connu, chargé de l’histoire intime de l’individu. Dans ce lieu, l’individu a développé des habitudes qu’il doit désormais réévaluer pour apprendre à être vieux.

Ces entretiens montrent que l’apprentissage de la vieillisse n’est pas sans conséquence sur la relation aux objets technologiques. La combinaison de l’expérience du vieillissement et de l’expérience médiatique deviendrait alors un outil de compréhension de la relation que les personnes âgées développent avec les TIC à partir de la retraite. Nous allons ci-dessous expliciter davantage les dynamiques définies plus haut et résultant de la combinaison entre expérience du vieillissement et expérience médiatique. Nous allons pour chacune des dynamiques les illustrer par des extraits d’entretiens.2

Application des dynamiques

Reprise et attitude active face aux médias

Pendant cette dynamique, l’individu vieillissant ne se laisse pas abattre par les épreuves qu’il traverse. Bien au contraire, il choisit de s’adapter à ce moment de vie et de développer des activités lui permettant de gérer au mieux sa vieillesse. Durant cette dynamique, la personne âgée est connectée et engagée tant dans la gestion de la vieillesse que dans sa relation aux technologies. Cette dynamique de reprise et d’attitude active conduit la personne âgée à construire de nombreuses activités et à utiliser aussi bien les anciens que les nouveaux médias. Cette personne associe alors l’usage de tel ou tel objet technologique à un certain degré de dynamisme.

Prenons par exemple le cas complexe de la télévision. En effet, pour les personnes âgées prises dans cette dynamique, regarder la télévision peut être à la fois une forme d’inactivité et d’immobilisme qu’elles refusent et une activité marquant un dynamisme intellectuel qu’elles valorisent. C’est ce que nous dit Damien :

Damien (enseignant secondaire, BTS, 71 ans) : Je ne sais pas comment font les gens pour regarder deux films par jour, la télé. Faut pas travailler, faut pas être fatigué, donc ça ne m’intéresse pas. Donc je suis un peu les informations, un peu de sport et puis j’ai les émissions politiques. Tout ça suffit donc. J’ai pas vu l’utilité de vraiment brancher complètement la télé.

Dans ce discours, la logique utilitaire (Caradec, 2001) semble guider le positionnement par rapport à l’usage et le non-usage de la télévision.

Ce qui semble déranger avec la télévision, pour ceux qui sont dans une dynamique de reprise et d’attitude active comme Damien, c’est l’association entre petit écran et oisiveté. Ainsi pendant cette dynamique, les programmes d’informations ou les jeux peuvent être regardés car ils permettent de conserver une certaine vitalité intellectuelle, preuve pour la personne vieillissante qu’elle est toujours active. C’est cette même association entre activité et dynamisme qui semble guider l’usage des autres anciens médias comme la radio ou la presse écrite. Mais lorsque le fait d’utiliser ces médias risque de donner une image de récepteur passif qui ne peut faire autre chose que d’être immobile et inactif, les individus pris dans la dynamique de reprise et d’attitude active s’affichent comme étant contre ce genre d’usage.

Pour les nouveaux médias, en particulier pour les TIC, les choses sont beaucoup plus simples. Les personnes âgées rencontrées ont le sentiment que le discours dominant associe ces technologies aux jeunes générations. Aussi, quand elles sont dans la dynamique de reprise et d’attitude active, le simple fait de les utiliser (et ce, quelle que soit la finalité des usages) fait naître un sentiment d’appartenance à une société connectée. Les usages des TIC sont synonymes ici d’une vieillesse en accord avec son temps, une vieillesse capable de s’adapter aux changements de la société. Ces personnes âgées ne veulent pas être les laissés-pour-compte d’une société dans laquelle les nouvelles technologies sont omniprésentes. Ainsi, quand on demande à Monique ce qui l’a motivée à utiliser internet, elle répond :

Monique (employée, BAC+2, 65 ans) : La motivation première, comme je vous ai dit, c’est que je me suis rendu compte que c’est quelque chose qui est très présent dans notre vie, dans notre quotidien, et ne pas savoir l’utiliser c’était se sentir un peu, à côté de la plaque. Donc voilà, pour rester dans le, dans le mouvement, dans le bain, et dans la société, maintenant tout est informatisé, donc c’est devenu indispensable dans le quotidien.

Guillaume nous a même confié ne plus pouvoir se passer de son ordinateur :

Guillaume (enseignant certifié de lettres, BAC+4, 67 ans) : Je suis, je suis très réfractaire à l’informatique, j’ai mis beaucoup de temps à y arriver. Maintenant ça m’est complètement indispensable, si on me casse mon ordinateur, maintenant je pleure.

Si ces personnes âgées refusent que leur âge soit considéré comme un frein à l’usage des TIC, le contenu de ces usages rappelle parfois le moment de vie traversé. En effet, lorsque ces personnes âgées surfent sur le web, elles peuvent le faire pour obtenir des informations sur leurs différentes maladies, les traitements qu’elles doivent prendre et les moyens pour améliorer leur santé comme Damien ou Mymose qui s’interrogent sur l’efficacité de leurs traitements :

Damien (enseignant secondaire, BTS, 71 ans) : J’ai trouvé ça sur internet par contre, j’ai trouvé qu’un des médicaments que je prenais avait un effet qui était un peu dangereux.
Mymose (femme de ménage, sans diplôme, 58 ans) : Des fois, je vais sur les forums, des fois, il y a des sites médicaux aussi qui expliquent ce qu’on veut savoir, donc c’est facile sur internet. Moi je trouve, hein.

Pour ces personnes, annoncer qu’elles ont cherché des informations sur le net semble être une forme de prise de contrôle sur la vieillesse et ses maux.

Damien (enseignant du secondaire, BTS, 71 ans) : Ben c’est pour se mettre au courant, ne pas être ignare, au lieu de subir n’importe quoi, si à chaque fois qu’on nous donne un médicament, je regarde s’il y a un truc sur internet.

Tous ces individus se servent également de leurs usages médiatiques pour élargir leurs activités, voire même leurs cercles relationnels. Ainsi, Mymose, atteinte de diabète de type 2, est devenue une « patiente-experte » qui donne des conseils aux autres pendant des ateliers de discussions organisées par l’association dont elle est membre.

Les relations familiales bénéficient également de cette dynamique de reprise et d’attitude active. Pendant cette dynamique, les personnes âgées échangent des textos avec leurs petits-enfants, se créent des profils Facebook pour communiquer avec les nouvelles connaissances, ou réalisent un Skype avec les membres de la famille au loin. Comme le fait Julie :

Julie (employée, BAC+2, 59 ans) : Je pense que c’était en 2002 la première fois que je l’ai utilisé (Skype). Parce que j’avais mon ami à Tours. Il me disait « Oui tu installes Skype, comme ça on peut se parler. » Je pense que c’est ça, la première fois … . J’ai trouvé ça fabuleux, quoi. Parce que, comme je disais aux filles la dernière fois, tu te rends compte tout ce qu’on a maintenant quand on est éloigné. Avant, avant, avant, quand j’étais gamine, on n’avait que le courrier ou le téléphone.

La logique de la médiation (Caradec, 2001) alimente alors cette dynamique marquée par le désir de l’individu d’être connecté et engagé. Les usages des technologies renforcent ici le vieillissement actif en aidant ces personnes âgées à garder une certaine autonomie et un certain dynamisme dans la gestion de leur santé, des relations familiales et amicales et dans le développement des activités de loisirs.

Dynamique de la reprise et attitude inactive face aux médias

Quand la dynamique de la reprise et de l’attitude inactive est expérimentée par la personne âgée, cette dernière souhaite rester très active dans la gestion de son vieillissement et aimerait également utiliser davantage les médias, en particulier les médias numériques. Cependant, elle a une attitude inactive face au numérique car elle se déclare être dans l’incapacité de maîtriser les nouvelles technologies. La déconnexion n’est pas volontaire, résultant plutôt d’un manque de confiance dans ses capacités d’apprentissage.

Ces personnes ont parfois diverses appréhensions quant à l’usage des nouvelles technologies. Par exemple, il y a la peur d’ajouter des complications à la santé :

Béatrice (vendeuse, sans diplôme, 65 ans) : Je parle au téléphone, mais rarement, parce qu’il y avait un reportage, il y avait quelque chose aussi là-dessus, aussi non? Le téléphone, je sais pas quoi …
Enquêtrice (E) : Le temps passé dessus?
Béatrice : Oui, le cancer, je sais pas, un truc comme ça. Tout ça là fait peur aussi ça. Donc mi évite3… Mi évite un peu tout ça aussi. Vaut mieux le fixe encore que le portable alors.

Il y a également la conviction que ces nouvelles technologies sont destinées aux jeunes générations et que de ce fait, en tant que personnes âgées, elles ne peuvent pas les maîtriser. C’est ce que pense Ludivine à propos de l’écriture employée dans les minimessages :

Ludivine (garde d’enfants, sans diplôme, 76 ans) : Un jour, j’ai vu un truc dans une maison de jeunes. Je me suis demandée avant de pouvoir le lire si c’était du malgache, du chinois, alors ça m’énerve. Je ne supporte pas!

Ici, la logique identitaire telle que l’a définie Vincent Caradec (2002) permet de comprendre le refus d’utiliser les minimessages : en l’associant à un langage propre et à une catégorie d’âge à laquelle Ludivine n’appartient pas, cette septuagénaire porte un regard distancié et critique sur cette écriture et sur le moyen de communication qui la véhicule.

Pour ces personnes âgées, leurs usages des nouveaux médias, et notamment des médias numériques, ne sont pas inexistants. Au contraire, elles tentent parfois d’allumer un ordinateur ou d’utiliser un écran tactile. Mais globalement, ces personnes préfèrent s’investir dans des activités ne nécessitant pas la manipulation d’outils numériques. Les danses de salon, les randonnées, les ateliers de couture et autres loisirs réclamant une coprésence et un investissement physique sont privilégiés par ces personnes âgées qui profitent du fait qu’elles sont encore capables de se livrer à ce genre d’activités avant que le « grand âge » (Caradec, 2008) ne le permette plus.

Déprise et attitude active

Les personnes qui vivent la dynamique de la déprise et qui maintiennent une attitude active, voire positive, autour des technologies sont celles qui traversent actuellement des difficultés dans leur vieillesse mais qui continuent à utiliser les médias, en particulier les TIC, pour se changer les idées ou parce que leur état de santé ne leur permet pas de faire autre chose.

Prenons le cas de Karine. Cette femme souffre d’une maladie chronique, le diabète, et a subi tout au long de sa vie plusieurs opérations. Elle se plaint également d’arthrose. Si elle bouge trop, elle est prise de violentes douleurs :

Karine (femme de ménage, sans diplôme, 58 ans) : Avant, oui, beaucoup de marche, maintenant mi gaign pu. Depuis que mi néna beaucoup d’arthrose. Tout mon corps lé pris avec l’arthrose donc mi gaign pu. Maintenant mi fé un travay moin lé pri avec douleur, douleur partout moin lé obligée reposer après.4

Elle vit avec son mari et l’un de ses fils qui s’occupe de la gestion de la maison. Elle a également demandé une carte lui permettant d’être considérée comme adulte handicapée. Face à tous les maux qu’elle traverse, elle préfère limiter ses activités du quotidien. Son corps ne suivant plus, son état d’esprit en est fortement impacté. Karine sort peu ou pas de chez elle, sauf pour se rendre à ses rendez-vous médicaux. Face à ces problèmes physiques, les médias lui permettent d’obtenir un moyen de distraction qui lui demande peu d’efforts. Ainsi, elle nous avoue passer beaucoup de temps devant la télévision pour « meubler le silence » et se « changer l’esprit ». Elle a également acheté un téléphone intelligent et elle s’amuse à jouer aux jeux proposés sur cet appareil. Cet objet lui offre un double avantage : elle peut d’une part se distraire sans faire des efforts physiques et, d’autre part, elle peut en discuter avec ses enfants et petits-enfants, très surpris qu’elle soit connectée à cette technologie.

Ici, l’outil technologique, dans cette phase de déprise où les maux du corps entravent la liberté d’agir, permet aux individus de maintenir un semblant de loisirs et d’alimenter le lien avec les proches. Certes, les enfants de Karine se moquent gentiment d’elle quand elle utilise son téléphone intelligent, mais les échanges qu’elle a avec eux ne portent plus uniquement sur son état de santé. Ses enfants et ses petits-enfants prennent même le temps de lui apprendre à manier l’outil :

E : Pas trop difficile pour utiliser?
Karine (femme de ménage, sans diplôme, 58 ans) : Premier début oui, mais banna la apprend à moin.
E : Kissa la apprend à ou? [En s’adressant à la fille qui vient de s’assoir dans le salon :] A ou la apprend à li?
Fille de Karine : Un peu toute.
Karine : Un peu toute. Té montre a moin kome i faut fait rentre dans message tout ça, mais moin mi té veux pas.
E : Et li té écoute à ou bien?
Fille de Karine : Au début faut réexplique à li à chaque instant, chaque instant faut dit à li, pas comme ça faut fait, faut fait une aut’ manière. Après arrive un l’heure li comprend li.
Karine : Non mais longtemps n’avé point ça, longtemps n’avé à touche, maintenant néna tactile, lé plus compliqué [rires].5

Dans ce cas de figure, l’attitude active et volontaire face aux médias permet à l’individu de trouver d’autres activités auxquelles il peut se livrer dans un moment où la vieillesse le conduit à réévaluer ses habitudes. Cette attitude entre alors dans un processus de « rétrosocialisation » (Le Douarin et Caradec, 2009) dans lequel les enfants et petits-enfants accompagnent leurs aînés dans les usages des TIC.

Déprise et attitude inactive

Dans la dynamique de la déprise et de l’attitude inactive, les individus expérimentent une forme de lâcher-prise par rapport à la vie et ne se sentent pas concernés par les TIC. Ces personnes disposent de peu de liens forts. Leurs activités relationnelles sont essentiellement construites autour d’individus appartenant à l’univers médical. Ainsi, un médecin traitant, un spécialiste et un infirmier constituent les principaux interlocuteurs de ces personnes âgées. Relativement isolées, elles sortent peu. Elles ne sont pas non plus inscrites dans des associations. En plus de cette quasi-inactivité sociale, la déconnexion aux médias, en particulier aux TIC, est souvent définie comme une « déconnexion volontaire ». Les individus traversant cette dynamique déclarent ne pas posséder beaucoup d’objets technologiques parce qu’ils n’en ont pas besoin. On retrouve ici la logique utilitaire telle que l’a définie Caradec (2001). Si elle est le résultat d’un choix, cette déconnexion peut également s’expliquer par le fait que ces individus ont peu d’interlocuteurs avec lesquels échanger.

Prenons le cas de Gaspard. Celui-ci est né et a passé la plus grande partie de sa vie en France métropolitaine. Arrivé à La Réunion il y a quelques années, il n’a ici ni famille, ni véritables amis. Également sans emploi, il passe les plus grandes parties de ses journées à regarder la télévision ou à écouter la radio. Il dispose également d’un téléphone portable qu’il utilise en de très rares occasions :

 Gaspard (ouvrier, sans diplôme, 58 ans) : Moi internet, tout ça, ordinateur, j’en n’ai pas besoin.
E : Ah bon?
Gaspard : Non, moi j’ai un téléphone pour téléphoner, le reste, le reste, je m’en fous.

Gaspard sort peu et ce même s’il est en bonne santé. La majeure partie du temps, il reste seul. Ici le rapport de la personne âgée à l’inactivité et à l’immobilisme permet d’expliquer son rapport aux TIC.

La fracture numérique du second degré au regard de ces dynamiques

En combinant l’expérience médiatique et l’expérience du vieillissement, nous avons pu définir des dynamiques qui permettraient de comprendre pourquoi les personnes âgées utilisent ou non telle ou telle technologie. Cette combinaison permettrait également de sortir de la dualité entre senior actif et personne âgée inactive (Caradec, 2003a). En effet, elle donne naissance à des attitudes complexes qui regroupent un certain nombre de facteurs (âge, sexe, niveau d’étude, état de santé, relations sociales, etc.) et qui tiennent compte du parcours d’un individu.

Nous postulons que l’individu peut expérimenter différents aspects de ces dynamiques au moment de la vieillesse. Par exemple, le fait de passer d’une période de déprise à une période de reprise et vice versa a des conséquences sur l’attitude vis-à-vis des technologies. De même, le fait d’adopter une attitude inactive ou active face à une technologie innovante peut faire basculer l’individu dans un mécanisme de reprise ou de déprise. Un même individu peut donc passer d’une dynamique à une autre et ainsi faire l’expérience de plusieurs dynamiques. Cette combinaison permet aussi d’alimenter la compréhension de la fracture du numérique du second degré.

La fracture numérique est un concept au caractère multidimensionnel qui traduit des réalités complexes. Les recherches autour de ce phénomène, d’abord associées aux inégalités d’accès à internet et au taux d’équipement en ordinateur (fracture numérique du premier degré), s’intéressent progressivement aux inégalités d’usages liées aux connaissances et compétences (fracture numérique du second degré). Ainsi, comme l’écrivent notamment Périne Brotcorne et Gérard Valenduc, « Il est plus judicieux de parler des fractures numériques plutôt que de la fracture, tant sont diverses les inégalités que cette notion peut recouvrir » (2009). Ces fractures numériques connaissent aujourd’hui de nombreuses explications comme l’âge, le capital économique, culturel et cognitif (DiMaggio et al., 2004; Selwyn, 2006, etc.), les inégalités sociales (Granjon, 2011), ou la déconnexion volontaire (Jaurréguibery, 2012).

Si les approches théoriques autour des fractures numériques sont de plus en plus riches, des questions restent encore en suspens quant à leurs outils de mesure. En effet, si pour évaluer la fracture numérique du premier degré, chercheurs et politiques publiques ont souvent eu recours à des données chiffrées—notamment sur le taux d’équipement des individus en ordinateur et internet (Guichard, 2009)—ces indicateurs semblent avoir atteint leur limite pour comprendre le contenu et la qualité des usages. Dans un article de 2009, Périne Brotcorne et Gérard Valenduc constatent qu’il existe peu de recherches empiriques permettant d’analyser la fracture numérique du second degré. La difficulté de cette mesure peut s’expliquer par la pluralité des facteurs pouvant intervenir dans le rapport des individus aux usages. De plus, pour Fabien Granjon (2011),

La fracture numérique n’est pas seulement un défaut d’usage. Si les inégalités numériques s’expriment avec la force de l’évidence dans le non-usage ou dans une pratique « indigente », elles ne sauraient toutefois se résumer aux phénomènes d’« e-exclusion », qui ne sont que l’expression des formes les plus radicales d’inégalités numériques. En réalité, ces inégalités peuvent aussi être présentes dans les usages les plus stabilisés et les plus élaborés sur le plan des manipulations. Car ce que nous désignons par « inégalités numériques » ne concerne pas tant des régimes de manipulations besogneuses d’Internet que des dissemblances effectives concernant la conversion en accomplissement de « bien-être » des possibilités d’action offertes par l’informatique connectée. (p. 71)

Ainsi, tenter d’apporter des explications à la fracture numérique du second degré est complexe. Quels sont les éléments dont il faut tenir compte pour définir ce phénomène? Quel rôle les méthodes qualitatives peuvent-elles jouer dans la compréhension de la fracture numérique du second degré?

Ces questions font débat (Le Guel, 2005). Différentes pistes de réflexion émergent alors. Par exemple, pour Fabien Granjon (2009), la compréhension de cette fracture passe notamment par la prise en compte des contextes d’usages des TIC. Brotcorne et Valenduc (2009) quant à eux tentent d’expliquer les inégalités d’usages par les compétences numériques des usagers. D’autres chercheurs s’intéressent aux inégalités d’usages des TIC entre les générations. Ainsi, pour Charmarkeh (2015) :

Plus que la question de l’accès et de l’équipement, ce sont les disparités liées à la qualité de l’utilisation et aux perceptions, c’est-à-dire les multiples façons de profiter des potentialités de l’Internet qui accentuent la fracture numérique de « second degré » des personnes âgées (2015).

Nous avons également choisi de questionner la fracture numérique du second degré chez les personnes âgées. Pour ce faire, nous sommes partie du postulat que la compréhension de la fracture numérique du second degré passe par le recours à des méthodes qualitatives et à des analyses thématiques. Ainsi, pour définir des pistes d’analyse de cette fracture, nous nous sommes appuyée sur le discours des personnes âgées : en leur donnant la parole, grâce à des entretiens semi-directifs, nous avons pu obtenir leurs représentations sur leurs usages et non-usages. Ce choix méthodologique nous a permis de faire un certain nombre de constats concernant la fracture numérique du second degré chez les personnes âgées rencontrées.

Tout d’abord, comme l’a déjà montré Francis Jauréguiberry (2014), les non-usages ne sont pas uniquement le résultat d’une incompétence par rapport aux objets technologiques. Chez les personnes âgées que nous avons interrogées, la « déconnexion volontaire » peut être liée à un positionnement identitaire, à l’environnement familial et social, aux arbitrages entre les différents loisirs et également à l’état de santé des individus. Ensuite, nous avons pu questionner le lien entre moment de vie et fracture numérique. Notre approche propose de comprendre la fracture numérique du second degré au moment de la vieillesse. Pendant cette étape de la vie où l’individu doit renégocier avec ses connaissances et habitudes, voire en construire de nouvelles, la fracture numérique du second degré trouve également une explication dans la prise en compte des mécanismes de ce moment de vie. Dans cette approche, ce ne sont pas uniquement l’âge ou les maux de la vieillesse ou bien encore le capital économique, culturel et social qui permettent de comprendre les différences d’usages entre les jeunes générations et celles des aînés, mais l’analyse des dynamiques permettant à l’individu vieillissant de s’adapter à la vieillesse. La frontière entre usages et non-usages est franchie par la personne âgée en fonction des épreuves qu’elle traverse durant son vieillissement et sa manière de gérer ces épreuves. Ainsi, face à une maladie, la personne âgée peut soit chercher des informations sur internet, se former pour devenir un « patient-expert » (dynamique de la reprise et de l’attitude active), soit lâcher prise parce que le corps ne peut plus suivre, parce que le moral est atteint. Dans ce cas, le choix d’utiliser les technologies peut se faire pour compenser certaines incapacités. Enfin, notre approche méthodologique et nos choix théoriques nous permettent également d’insister sur l’importance de la prise en compte du contexte social dans la compréhension de la fracture numérique du second degré. En effet, grâce à nos entretiens, nous avons pu mieux appréhender le rapport des personnes âgées avec les TIC en considérant la place qu’elles occupent dans leur famille et dans la société.

Chez les individus que nous avons rencontrés, les autres (famille, amis, voisins) jouent un rôle important dans la gestion de la vieillesse et le rapport aux TIC. La présence ou l’absence des autres dans la vie quotidienne des retraités n’est pas sans conséquence sur les mécanismes du vieillissement et sur l’attitude face aux technologies. Dans les familles des personnes âgées rencontrées, l’encadrement familial et la prise en charge des aînés restent des valeurs importantes. Ainsi, malgré les mutations récentes de la société réunionnaise (Wolff et Watin, 2010), le lien intergénérationnel entre les aînés que nous avons interrogés et leurs enfants et petits-enfants reste très fort. Par exemple, nous n’avons pas parmi les personnes rencontrées d’individus évoquant un éventuel placement en institution. Les personnes interrogées vivent soit avec leur conjoint, soit avec un de leurs enfants. Au cours de nos entretiens, la présence des descendants a même été illustrée par leur intervention parfois régulière dans les échanges. C’est grâce à eux que nous avons pu prendre contact avec certaines personnes âgées et, bien souvent, ils n’étaient pas bien loin lorsque leur parent ou grand-parent souhaitait faire appel à eux pour se souvenir de quelque chose. Cette relation, dans laquelle la transmission des pratiques culturelles et spirituelles est en jeu (Pourchez, 2002), semble ici résister au vieillissement des personnes âgées. En effet, non seulement les enfants hébergent leurs parents mais en plus ils s’assurent de leur prise en charge. Par exemple, les personnes âgées rencontrées déclarent pouvoir compter sur leurs enfants, voire leurs petits-enfants, pour les aider à prendre leurs différents médicaments. En effet, si « la solidarité intergénérationnelle s’étiole et si les grandes familles accueillant plusieurs générations sous le même toit se font plus rares, les sociabilités familiale et communautaire restent encore très actives à La Réunion et trouvent, grâce aux nouveaux médias de communication, de nouveaux modes d’expression dans un contexte désormais marqué par la mobilité et la connexion » (Plante et Wolff, 2016, p. 179).

La force des liens familiaux et intergénérationnels au moment de la vieillesse nous permet ici de questionner le rôle de la médiation dans la fracture numérique du second degré. Les réseaux de sociabilité sont un moteur ou un frein à l’usage des TIC, notamment chez les personnes âgées (Lelong, 2004). Pour Laurence Le Douarin (2014), les outils de communication numériques ne sont pas sans conséquences sur les relations entre grands-parents et petits-enfants. La compréhension de la fracture numérique du second degré chez les personnes âgées passerait alors par la prise en compte des cercles relationnels des individus et des dynamiques de leurs relations familiales et sociales.

Conclusion

Pour comprendre le rapport des personnes âgées aux TIC, la prise en compte de l’âge, du genre et de la classe sociale n’est pas suffisante. Processus de la vie complexe, le vieillissement est marqué par des mécanismes faisant évoluer l’état physique et psychologique de la personne. L’apprentissage de la vieillesse n’est pas une mince affaire : l’individu doit réapprendre à s’organiser et adapter les activités à son état tout en se positionnant dans la société. Or la société est de plus en plus connectée. La personne âgée peut alors chercher à être incluse dans cette société ou refuser d’adopter les évolutions des modalités de communication et de transmission. Mais au-delà de ce choix, qui n’est pas toujours simple, l’attitude de la personne âgée face à ces technologies entre dans un processus complexe mettant à jour des dynamiques particulières, provoquées par les enjeux de la gestion de l’expérience du vieillissement et de l’expérience médiatique.

Cet article a permis de questionner les usages et non-usages des personnes âgées des anciens et des nouveaux médias. Ce faisant, il propose des pistes de compréhension de la fracture numérique du second degré, pistes définies autour des mécanismes du vieillissement. En effet, nous avons montré que l’âge n’est pas une variable suffisante pour comprendre la fracture numérique du second degré et avons essayé de comprendre cette fracture en tenant compte des différentes dynamiques de la vieillesse et des logiques complexes des individus. La compréhension de la fracture numérique du second degré au moment de la vieillesse reste toutefois compliquée.

Si nous avons choisi de rassembler les individus autour d’une épreuve particulière—la retraite—notre approche comporte une limite de taille. Comment tenir compte des personnes qui n’ont jamais travaillé et pour qui la retraite prend peut-être un sens différent de ceux qui ont eu une activité professionnelle? Cette question nous permet d’insister sur la richesse de la relation entre vieillissement et technologies numériques.

Notes

  1. Nous avons élaboré un guide d’entretien puis réalisé une partie des entretiens. L’autre partie a été réalisée par Muriel Izard, ingénieure de recherche recrutée dans le cadre de ce projet, qui avait pour consigne d’utiliser le guide que nous avons construit.
  2. Ces entretiens ont parfois été réalisés en langue créole afin de permettre à la personne âgée d’être plus à l’aise et de s’exprimer plus facilement. Le lecteur trouvera en note en bas de page une traduction des passages en créole. De plus, pour chaque extrait d’entretien, le lecteur sera informé de l’ancienne profession, du niveau de diplôme ainsi que de l’âge de la personne interrogée.
  3. « J’évite. »
  4. « Avant, oui, beaucoup de marche, maintenant je ne peux plus. Depuis que j’ai beaucoup d’arthrose. Tout mon corps souffre avec l’arthrose, donc je ne peux plus. Maintenant, dès que je fais un travail, je suis prise de douleur, douleur partout. Je suis obligée de me reposer après. »
  5. E : Pas trop difficile pour utiliser?

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