Canadian Journal of Communication Vol 43 (2018) 525–546 
©2018 Canadian Journal of Communication Corporation http://doi.org/10.22230/cjc.2017v43n4a3306


Entre l’individuel et le social : les motivations d’usage de pornographie

Maude Lecompte, Simon Corneau, & Kim Bernatchez, Université du Québec à Montréal

Maude Lecompte est candidate au doctorat en sexologie à l’Université du Québec à Montréal et détentrice d’une maîtrise en sexologie (M.A.). Courriel : lecompte.maude@uqam.caSimon Corneau est criminologue et professeur au département de sexologie de l’Université du Québec à Montréal. Courriel : corneau.simon@uqam.caKim Bernatchez est détentrice d’un baccalauréat en sexologie et candidate à la maîtrise en sexologie clinique à l’Université du Québec à Montréal. Courriel : bernatchez.kim@courrier.uqam.ca.


ABSTRACT

Background  Although pornography use is widespread, motivations for use may differ depending on certain identity categories.

Analysis  This article presents the motivations related to pornography use identified following a metasynthesis as a methodological framework. Using theoretical notions of intrinsic and extrinsic motivations, the metasynthesis allowed us to combine results derived from thirteen qualitative studies that examined motivations for pornography use among various audiences.

Conclusions and implications  The motivations identified are: entertainment, sexual satisfaction, fantasy and identity exploration, creation and strengthening of social or emotional ties, learning and information, transgression, and protection. Our results demonstrate that pornography use can be motivated by both social and personal considerations, and suggest that future research should consider the importance of gender and sexual orientation.

Keywords  Metasynthesis; Pornography use; Motivations; Qualitative studies; Audience research

RÉSUMÉ 

Contexte  Bien que l’usage de pornographie soit répandu, les motivations pour son usage peuvent différer en fonction de certaines catégories identitaires.

Analyse  Cet article présente les motivations d’usage de pornographie documentées au moyen d’une métasynthèse comme cadre méthodologique. Utilisant les notions théoriques de motivation intrinsèque et extrinsèque, la métasynthèse a permis la mise en commun des résultats de treize études qualitatives réalisées auprès de publics variés.

Conclusions et implications  Les motivations recensées sont : le divertissement, la satisfaction sexuelle, l’exploration fantasmatique et identitaire, la création et le renforcement de liens sociaux ou affectifs, l’apprentissage et l’information, la transgression et la protection. Les résultats montrent que l’usage de pornographie peut être motivé tant par des considérations sociales que personnelles et soulèvent l’importance de considérer le sexe et l’orientation sexuelle dans les recherches futures. 

Mots clés  Métasynthèse; Usage de pornographie; Motivations; Études qualitatives; Études d’auditoire 


Introduction

Le contenu pornographique est omniprésent dans les environnements numériques, il est facilement accessible et son usage est de plus en plus répandu. En effet, durant les quarante dernières années, les médias donnant accès à des contenus pornographiques ont évolué des cinémas érotiques vers les vidéocassettes et la télévision, puis plus récemment vers internet et les appareils mobiles dont les téléphones intelligents et les tablettes électroniques (Cooper, Delmonico et Burg, 2000). À ce propos, Cooper, Delmonico et Burg (2000) soulèvent que, de par son caractère anonyme, accessible et abordable (triple A engine), l’usage de la pornographie en ligne est désormais chose commune. Par exemple, on observe depuis les années 70 une augmentation significative de la fréquence de l’usage de pornographie chez les jeunes adultes, avec plus de 60% des hommes de 18 à 26 ans et près de 35% des femmes du même âge qui rapportent en avoir fait usage durant la dernière année, augmentation attribuable à l’arrivée de la pornographie sur internet (Price, Patterson, Regnerus et Walley, 2016). Ces chiffres font écho aux résultats de l’étude récente de Regnerus, Gordon et Price (2016) démontrant que près de 55% des hommes et 27% des femmes de 18 à 39 ans auraient visionné de la pornographie au moins une fois (ou plus fréquemment) durant la dernière année. Plusieurs facteurs peuvent influencer tant la teneur des contenus recherchés, que les contextes et la fréquence. Certaines études documentent entre autres des variations de la consommation de pornographie en fonction du sexe, stipulant que les hommes en consomment davantage que les femmes (Carroll et al., 2008; Martyniuk, Briken, Sehner, Richter-Appelt et Dekker, 2016; Poulsen, Busby et Galovan, 2013; Ybarra et Mitchell, 2005) et plus particulièrement les hommes non-exclusivement hétérosexuels (Downing, Schrimshaw, Scheinmann, Antebi-Gruszka et Hirshfield, 2017; Træen et Daneback, 2013).

La prégnance de la pornographie dans le paysage culturel et social puis dans le quotidien des individus fait en sorte que celle-ci est de plus en plus considérée et analysée comme un objet culturel ou un produit usuel de consommation au même titre que tout autre produit (Attwood, 2002). Des auteurs soutiennent en effet que la pornographie (et son usage) s’inscrit de plein fouet dans un contexte de « sexualisation de la culture » (Attwood, 2006) ou de « pornographication du social » (McNair, 1996, 2013) et ces constats mettent en lumière l’importance de questionner le pourquoi de son usage accru et de sa grande popularité auprès d’auditoires variés. Donc, qu’est-ce qui motive l’usage de pornographie? Cette question, bien que pertinente à plusieurs égards, est moins adressée dans les études scientifiques que celle de ses impacts potentiels sur des variables individuelles et psychologiques (Attwood, 2002; Paul et Shim, 2008). Quelques études se sont penchées sur les motivations d’usages de pornographie auprès de divers échantillons (par exemple, femmes, hommes, minorités sexuelles, jeunes, etc.) (Austria, 2007; Corneau, Rail et Holmes, 2010; Kubicek, Beyer, Weiss, Iverson et Kipke, 2010; Lang, 2013; Löfgren-Martenson et Månsson, 2009; McCormack et Wignall, 2016; McCutcheon et Bishop 2015; Paul et Shim, 2008; Rothman, Kaczmarsky, Burke, Jansen et Baughman, 2015; Smith, 2013; Smith, Attwood et Barker 2014; Smith, Barker et Attwood, 2015; Tzankova, 2015). Toutefois, on en sait très peu sur les motivations communes à tous les types d’usagers, et ce, peu importe le contexte, le contenu visualisé ainsi que ce qui est propre à chacun des groupes. Les études récentes sur les impacts potentiels d’usage de matériel sexuellement explicite soulèvent d’ailleurs qu’on ne peut faire l’économie de la question des motivations d’usage afin de mieux comprendre ces impacts et de les mettre en contexte (Paul et Shim, 2008; Wright, 2012; Wright, Bae et Funk, 2013).

L’objectif de cet article est de dresser le portrait des connaissances actuelles en ce qui concerne la question des motivations d’usage de pornographie. L’utilisation de la métasynthèse comme cadre méthodologique, c’est-à-dire une « méthode d’enquête visant à rassembler des connaissances sur un sujet », dans le cas présent les motivations pour l’usage de la pornographie, vise à « proposer une nouvelle structure conceptuelle » (Zimmer, 2006; Dujardin, Ferring et Lahaye, 2014). La métasynthèse permet de mettre en commun les conclusions d’études qualitatives en provenance de disciplines variées mobilisant différentes postures épistémologiques et méthodologiques et de proposer une interprétation interdisciplinaire des motivations d’usage de pornographie en mettant en lumière leurs résultats convergents. À cette fin, nous avons synthétisé les résultats d’études qualitatives portant sur les motivations d’usage de pornographie afin d’en approfondir la compréhension en fonction des divers auditoires étudiés. La question des motivations d’usage de pornographie étant complexe, la méthodologie de la métasynthèse se prête bien à cet objet car, comme le soutient Attwood (2005), cette approche est à propos afin de documenter la relation que les auditoires entretiennent avec les contenus et représentations sexuellement explicites. De surcroit, l’utilisation d’éléments de la théorie de l’autodétermination relatifs à la motivation extrinsèque et intrinsèque à titre de cadre théorique et analytique permet d’aller au-delà de l’idée reçue de l’usage de pornographie visant la satisfaction sexuelle seulement. Les motivations extrinsèques ressorties de la métasynthèse apportent un éclairage nouveau sur les fonctions sociales de la pornographie, qu’elles soient éducatives ou protectrices, ainsi que sur l’aspect transgressif de l’usage, et ce, malgré une offre pornographique parfois perçue comme normative. 

Considérations théoriques et méthodologiques

Procédures 

Telle que définie par Finfgeld (2003) et explicitée par Beaucher et Jutras (2007), la métasynthèse consiste en une « synthèse des résultats de plusieurs recherches qualitatives pour en créer une nouvelle interprétation » (Finfgeld, 2003, p. 895; Beaucher et Jutras, 2007, p. 62). La métasynthèse permet d’aller au-delà de l’agrégat de résultats d’études qualitatives et s’effectue dans un dessein interprétatif (Jensen et Allen, 1996). Les étapes de réalisation de la métasynthèse ont été effectuées suivant les recommandations de Noblit et Hare (1988) ainsi que Jensen et Allen (1996) et inspirées de l’application qu’en ont faite Coffey (2006) ainsi que Devereux-Fitzgerald, Powell, Dewhurst et French (2016). Sept étapes ont été suivies, l’étape initiale étant de choisir le phénomène à l’étude, dans ce cas-ci les motivations à l’usage de pornographie. La seconde étape consiste à sélectionner les études répondant aux critères d’inclusion et d’exclusion (voir section suivante) qui composeront le corpus d’études de la métasynthèse, alors que la troisième étape implique la lecture et l’annotation des écrits afin d’en faire ressortir les thèmes.

Une recension exhaustive des recherches qualitatives sur les motivations à l’usage de  pornographie a été effectuée en sondant les bases de données suivantes : PubMed, PsycInfo et Proquest (Dissertations and Thesis), le catalogue des bibliothèques de l’Université du Québec à Montréal (Virtuose), Google Scholar. Les mots-clés suivants ont été utilisés pour le repérage des écrits : porn* motivations, porn* reasons/raisons, porn* us*/utilisation, SEM (sexually explicit material) motivations, SEIM (sexually explicit internet material), matériel sexuellement explicite, contenu sexuellement explicite, x-rated motivations, sex* explicit material, quali*.La méthode par boule de neige a également été observée (examen approfondi des références bibliographiques des articles sélectionnés) pour identifier les études pertinentes qui auraient pu ne pas apparaître dans les bases de données électroniques. Les recherches documentaires ont également permis de faire ressortir que les études qui s’inscrivent dans une méthodologie quantitative sont plus nombreuses que les études qui empruntent une perspective d’analyse de l’expérience subjective des usagers de pornographie.

La quatrième étape est la transposition des éléments qui unissent ou opposent les résultats de chacune des études recensées afin de les rendre comparables pour en faire ressortir les dénominateurs communs. Cette étape revêt un aspect herméneutique et un aspect dialectique, c’est-à-dire qu’elle implique d’abord de dresser un portrait juste des résultats des études analysées, pour ensuite comparer et contraster ces résultats individuels entre eux (Jensen et Allen, 1996). Pour y parvenir, la théorie de l’autodétermination de Deci et Ryan (1985) relative à la motivation a été mise à profit afin d’effectuer un premier classement des motivations recensées en fonction de leur nature intrinsèque ou extrinsèque. La théorie sélectionnée permet ainsi d’effectuer une première réduction des données afin d’en dégager les éléments de motivation. Jensen et Allen (1996) mentionnent d’ailleurs l’importance de choisir un élément de comparaison de base pour orienter l’analyse et standardiser les résultats suivant un code commun pour toutes les études. En recherche qualitative, l’explicitation de l’ancrage théorique ayant guidé l’analyse demeure un critère de scientificité incontournable. Les lignes suivantes détaillent ainsi les éléments de la théorie de l’autodétermination retenus pour les besoins de cette métasynthèse (Paillé et Muchielli, 2003; Poisson, 1991). La motivation intrinsèque est définie par le fait de s’adonner à une activité ou d’accomplir quelque chose pour sa satisfaction personnelle, plutôt que pour des considérations externes telles que la pression ou l’influence extérieure perçue et les récompenses potentielles pouvant découler de l’activité (White, 1959; Ryan et Deci, 2000). La motivation intrinsèque sous-tend de faire une activité pour le plaisir inhérent à la poursuite de celle-ci (Deci et Ryan, 1985; Ryan et Deci, 2000), tel qu’explicité par Teo, Lim et Lai (1999) : 

Intrinsic motivation refers to the performance of an activity for no apparent reinforcement other than the process of performing the activity per se. Hence, perceived usefulness is a form of extrinsic motivation and perceived enjoyment, a form of intrinsic motivation. (p. 26) 

Quant à elle, la motivation extrinsèque évoque une activité menée pour atteindre un but instrumental, c’est-à-dire l’atteinte d’un objectif autre que la réalisation de l’activité en elle-même (Ryan et Deci, 2000). L’utilité perçue de ladite activité est la motivation extrinsèque (Teo, Lim et Lai, 1999).

L’étape cinq quant à elle se rapporte à la synthèse des éléments de convergence des études recensées alors que la sixième consiste à élaborer une nouvelle interprétation qui permet une compréhension globale de l’ensemble des résultats. À ces étapes, les motivations ont été regroupées en fonction de leurs similarités et ont été analysées suivant une analyse thématique. Une seconde analyse a permis de valider que chacune des motivations identifiées était exhaustive et exclusive et de réduire les grandes catégories motivationnelles. Finalement, la toute dernière étape consiste à produire un compte rendu de la métasynthèse afin d’assurer le transfert des connaissances et de rendre accessible cette nouvelle interprétation. Le présent article fait état de la démarche méthodologique et réflexive ayant guidé la réalisation de la métasynthèse ainsi que des conclusions qui en découlent. 

Critères d’inclusion et d’exclusion

Jensen et Allen (1996) précisent que des critères d’inclusion et d’exclusion se doivent d’être déterminés dans la réalisation d’une métasynthèse, et ce, sans que l’application de ceux-ci ne soit trop restrictive. Dans le cas de ce projet, les études sélectionnées devaient faire état d’une méthodologie qualitative ou mixte et devaient rapporter explicitement du contenu manifeste tel que des extraits de verbatim (Finfgeld, 2003; Jensen et Allen, 1996). L’appui des conclusions par des extraits de verbatim vise le respect du critère d’objectivité scientifique en permettant l’analyse de la concordance entre le matériel d’origine et les conclusions qui en sont tirées (Drapeau, 2004; Drapeau et Letendre, 2001). Par exemple, a été retenue une recherche dont les résultats provenaient d’un questionnaire comportant entre autres des questions ouvertes appelant une analyse qualitative et des citations textuelles des propos des participants, car elle répondait aux critères d’inclusion généraux (Smith, Attwood et Barker, 2014). Toutes les méthodologies qualitatives pouvaient s’y retrouver. Les articles scientifiques, thèses et mémoires ainsi que les chapitres de livre ou monographies pouvaient être inclus. Aucun critère temporel n’a été établi au préalable; néanmoins, il était primordial d’assurer la contemporanéité des recherches faisant l’objet de la métasynthèse dans la mesure où l’accès au contenu pornographique s’est vu considérablement augmenter avec l’arrivée des appareils mobiles. Pour s’assurer de la représentativité des conclusions, la limite temporelle a été fixée a posteriori à dix ans. Bien que répondant aux critères d’inclusion, deux études n’ont pas été retenues dans la mesure où celles-ci traitaient davantage de la préférence par les femmes pour la pornographie gaie plutôt que pour la pornographie hétérosexuelle (Neville, 2015) ou de motivations chez les femmes pour la pornographie féministe plutôt que pour la pornographie commerciale (mainstream) (Liberman, 2015), et ainsi moins spécifiquement de motivations pour l’usage de matériel sexuellement explicite en général. De surcroît, les études dont les conclusions traitaient des effets identifiés par les usagers suite à l’usage et des incitatifs à consommer de nouveau du contenu pornographique n’ont pas été retenues. La question centrale qui guidait le repérage des études qualitative est donc liée spécifiquement au pourquoi de l’usage de la pornographie.

Échantillon

Suite aux recherches documentaires, treize études ont été sélectionnées (Tableau 1) et ces dernières ont été menées suivant des orientations disciplinaires variées : la sociologie (McCormack et Wignall, 2016; Scarcelli, 2014; Smith, 2013), la psychologie (McCutcheon et Bishop, 2015), les sciences de la santé, incluant notamment l’éducation en santé et la santé des populations (Corneau, Rail et Holmes, 2010; Kubicek, Beyer, Weiss, Iverson et Kipke, 2009, Löfgren-Martenson et Månsson, 2009; Rothman et al., 2015) et la communication (Austria, 2007; Lang, 2013; Tzankova, 2015). Les approches analytiques récurrentes sont la théorisation ancrée et la phénoménologie alors que les stratégies méthodologiques sont l’analyse thématique et l’analyse critique du discours. L’interdisciplinarité des réflexions qui découlent de la métasynthèse en est d’ailleurs une des pierres angulaires, d’où l’importance de décliner les dispositions méthodologiques et analytiques des études sélectionnées.

Parmi les treize études, trois traitaient exclusivement des motivations d’usage alors que dix abordaient différents aspects de l’usage de pornographie, incluant une analyse des motivations, parfois succincte, mais répondant aux critères d’inclusion et d’exclusion. Les recherches recensées ont été menées dans plusieurs endroits du monde, dont les États-Unis (Kubicek et al., 2010; McCormack et Wignall, 2016; Rothman et al., 2015), le Canada (Corneau, Rail et Holmes, 2010; Lang, 2013; McCutcheon et Bishop, 2015), la Suède (Löfgren-Martenson et Månsson, 2009), la Turquie (Tzankova, 2015), l’Angleterre (Smith, Attwood et Barker, 2014; Smith, Barker et Attwood, 2015, Smith, 2013), l’Italie (Scarcelli, 2015) et les Philippines (Austria, 2007). Les échantillons des treize études sélectionnées se composent exclusivement de femmes dans le cadre de quatre études (Lang, 2013; McCutcheon et Bishop, 2015; Scarcelli, 2015; Tzankova, 2015), exclusivement d’hommes dans le cadre de quatre études (Austria, 2007; Corneau, Rail et Holmes, 2010; Kubicek et al., 2010; McCormack et Wignall, 2016) et les échantillons des cinq dernières études étaient mixtes ou s’inscrivaient dans une perspective non binaire du genre (Löfgren-Martenson et Månsson, 2009; Rothman et al., 2015; Smith, 2013; Smith, Attwood et Barker, 2014; Smith, Barker et Attwood, 2015). Bien que plusieurs des études ne fassent pas état de l’âge moyen des participants, les éléments méthodologiques présentés concernant les échantillons permettent de constater une plus grande représentation des adolescents et des jeunes adultes dans les études qui composent le corpus. Le tableau 1 présente les échantillons de chacune des études recensées de manière détaillée.

Table 1

Résultats

La métasynthèse a permis de faire ressortir que des motivations d’usage de pornographie peuvent être intrinsèques ou extrinsèques, c’est-à-dire qu’elles peuvent être orientées vers une satisfaction personnelle émanant de la performance de l’action en elle-même ou être orientées vers l’utilité perçue de l’action. Les motivations identifiées pour l’usage de la pornographie ont été classées en sept catégories, en fonction de leur caractère intrinsèque ou extrinsèque : divertissement et exutoire, satisfaction sexuelle, exploration fantasmatique et identitaire, création ou renforcement du lien social ou affectif, apprentissage et information, transgression, protection. Le tableau de synthèse ci-dessous (tableau 2) permet la visualisation du corpus de textes analysés, mais également le repérage des similitudes et des divergences. De surcroît, l’ajout de la légende permet de représenter visuellement quelques spécificités propres à certains groupes ou en lien avec certains marqueurs identitaires. Rendre compte de la variabilité des possibilités, dans ce cas-ci des éléments distinctifs pour chacun des groupes, permet d’étayer que l’ensemble du matériel disponible a fait l’objet d’une analyse approfondie afin de respecter l’impératif d’exhaustivité et de complétude, critère de scientificité en recherche qualitative (Paillé et Muchielli, 2003).

T2A
T2B

Parmi les motivations intrinsèques, qui sont guidées par la gratification personnelle et le plaisir inhérent à l’usage de pornographie en lui-même, on retrouve divertissement et exutoiresatisfaction sexuelle et exploration fantasmatique et identitaire

Divertissement et exutoire

Tout d’abord, tel que rapporté dans neuf des articles sélectionnés, l’usage de pornographie est motivé par le désir de se divertir ou de diminuer ses tensions. Parfois utilisée pour le plaisir seulement, elle permet également aux usagers de sortir de la routine, de meubler l’ennui, de passer le temps, d’assouvir la curiosité (Corneau, Rail et Holmes, 2010; Lang, 2013; Rothman et al., 2015; Smith, Barker et Attwood, 2015; Tzankova, 2015) : 

Je veux dire, bon, pour le plaisir. C’est genre : « Hum hum … OK … », tsé. Et après, ben d’accord. Je mets la vidé́o pour voir. Pour le fun.(Lang, 2013, p. 207)

Outre l’usage de la pornographie à titre de passe-temps, celle-ci est utilisée comme moyen de réduire le stress, l’anxiété ou les émotions négatives (Corneau, Rail et Holmes, 2010; Smith, Barker et Attwood, 2015) :

Sometimes just a stress reliever / unable to concentrate on work.  (Smith, Barker et Attwood, 2015, p. 79)
Je pense que c’est un outil que les gens peuvent utiliser pour aider à libérer certaines frustrations et c’est sexuellement gratifiant. Je l’utilise pour jouir et c’est aussi comme une gardienne. Si je m’ennuie, c’est une façon de perdre du temps. (Corneau, Rail et Holmes, 2010, p. 206) 

Satisfaction sexuelle 

Une des principales motivations identifiées demeure la satisfaction sexuelle. La pornographie est à cet effet utilisée pour s’exciter sexuellement, pour le plaisir sexuel qui en découle et dans un but de combler les besoins sexuels, tel que le démontre l’extrait suivant :

I like sex—I think it’s a very important human need, but it’s also really fun, and porn is a way of tapping into that. (Smith, Attwood et Barker, 2014, p.15)

Néanmoins, il importe de souligner que cette motivation à l’usage de pornographie ne ressort pas dans les études ayant interrogé un échantillon exclusivement féminin. Par exemple, les participantes à l’étude de Lang (2013) ont certes rapporté retirer du plaisir de leur usage, mais n’ont pas fait état d’une utilisation visant la satisfaction sexuelle.

Exploration fantasmatique et identitaire

Plusieurs des études recensées documentent l’exploration fantasmatique et identitaire comme motivation à l’usage de pornographie. D’abord, le visionnement de contenus sexuellement explicites permet aux individus de découvrir ou de confirmer leur attirance pour une catégorie de personnes ou encore pour certaines pratiques sexuelles (Kubicek et al., 2010; Smith, Attwood et Barker, 2014) : 

Porn was also very important in developing my sexual identity, allowing me to decide which sexes, genders, body types, and so on that I found attractive. (Smith, Attwood et Barker, 2014, p. 8)
I might have some mixed feelings down the line, but porn helped me to come to an understanding and clarify my sexual attraction.  (McCormack et Wignall, 2016, p. 11)

Ensuite, l’usage de pornographie permet également d’activer l’univers fantasmatique. Elle fait office de soutien au développement de l’imaginaire (Corneau, Rail et Holmes, 2010) : 

Ça me permet de plonger mes pensées dans ce que je regarde, ça m’aide à imaginer, ça m’aide à fantasmer … .  (Corneau, Rail et Holmes, 2010, p. 204)

D’un autre côté, la métasynthèse a permis de faire ressortir des motivations extrinsèques pour l’usage de pornographie, dontla création et le renforcement du lien social ou affectif, l’expérimentation et l’apprentissage, la transgressionet la protection. Rappelons que la motivation extrinsèque renvoie à la performance d’une activité pour son utilité; ce type de motivation possède une visée pragmatique et est voué à des considérations utilitaristes qui vont au-delà de la gratification immédiate qui découle de l’usage de la pornographie. 

Création ou renforcement du lien social ou affectif

La pornographie est utilisée pour créer, entretenir ou bonifier des liens sociaux. D’abord, l’usage de pornographie peut, entre autres, être motivé par la solitude chez les individus qui n’ont momentanément pas accès à des partenaires sexuels ou affectifs. Elle occupe alors une fonction de substitution du lien social : 

Je consomme probablement de la pornographie quand je suis célibataire parce que ça remplit. Ça remplit artificiellement un rôle d’intimité. (Corneau, Rail et Holmes, 2010, p. 204) 
I am 70 years old with a missing human sensitivity in life … Erotic material (I do not particularly like the term porn) is important to fulfil a human need.  (Smith, Barker et Attwood, 2015, p. 15)

Pour d’autres, la pornographie est employée dans le but de bonifier et d’agrémenter le lien entre deux partenaires amoureux ou sexuels, ou entre des partenaires de visionnement de pornographie. C’est le cas notamment des couples qui font usage de pornographie pour agrémenter leur sexualité, renforcer les liens qui les unissent ou entretenir le désir sexuel : 

Since we started watching porn—me and my husband—our sexual life [has] became colourful. (Tzankova, 2015, p. 212)
Un jour, mon copain proposa de regarder un film à̀ nature pornographique, ce que je n’avais jamais fait. Au début, j’étais un peu réticente, car pour moi ce genre de film é́tait de nature vulgaire … En fait, je n’avais vu que quelques extraits (dans des films ou autres) et je n’avais jamais entendu de bons commentaires à̀ ce sujet. J’ai quand même décidé́ de passer outre cela et de me faire ma propre opinion de la chose : apr̀ès tout, ç̧a ne pouvait qu’être une nouveauté́ pour notre couple!  (Lang, 2013, p. 206)

D’un autre côté, certains sont motivés par l’envie de faire partie d’un groupe, d’être acceptés et inclus socialement et de partager des moments et des activités avec autrui, notamment chez les adolescents qui visionnent du matériel sexuellement explicite en groupe. Dans ces circonstances, l’activité d’usage de pornographie devient un lieu de rencontre de l’autre où s’échangent des informations sur les préférences et où se développent les normes d’un groupe : 

It became tradition, with my group of friends, after a party we would always go sleep at my friend Jimmy’s house. Jimmy was my best friend’s boyfriend and so it would just be a large group of friends and he loved to watch porn. (Smith, 2013, p. 70)
I watched some videos with my friends. At school guys spoke to us about pornography and we decided to understand why it was so funny to them. Indeed it was funny, but just because we watched a few minutes and then we started to take the piss out of our classmates. How can they watch that video… they have to have serious problems … . It is boring, it’s like seeing two dogs having sex! (Scarcelli, 2015, p. 244).
Non, y a aucun problè̀me. Mais non, je crois, non, pas du tout. C’est vraiment plus avec des copines, c’est vraiment [le] fun, de commenter les performances du garçon. (Lang, 2013, p. 207)

Apprentissage et information

Bien qu’il soit possible de penser a priori que la principale motivation pour l’usage de pornographie soit la gratification sexuelle immédiate, la motivation la plus fréquemment rapportée dans les études composant le corpus de la métasynthèse est l’apprentissage et l’information. Ainsi, la pornographie permet d’augmenter ses connaissances sur la sexualité en termes de comportements et de techniques, mais également de santé sexuelle : 

I learned how to painlessly do anal under the influence of porn.  (Tzankova, 2015, p. 211)
It happened some years ago when I did not know anything about sexuality. My boyfriend asked me to have sex, and when I felt ready we decided to have sex. But I did not know anything, so the day before I watched a video to understand. (Scarcelli, 2015, p. 243)
Je voulais faire bonne impression à̀ mon tout nouveau et premier chum … . Je suis donc allé́e sur un site de vidéos XXX et j’ai regardé une fille qui suç̧ait un gars. Ç̧a m’a permis d’être moins nerveuse lorsque je l’ai fait parce que je savais que c’était ç̧a qu’il fallait faire! C’est certain que ce n’est pas un moyen trés « pédagogique » d’apprendre quelque chose, mettons … mais ça a é́té́ très efficace, car essayer de décrire cela avec des mots, c’est plutô̂t difficile. (Lang, 2013, p.209)

Outre des informations sur la sexualité, le corps humain et la santé sexuelle, la pornographie permet la découverte de pratiques sexuelles peu ou pas du tout mentionnées dans d’autres contextes, dont les canaux officiels d’éducation sexuelle :

Without porn, I wouldn’t know the positions, I wouldn’t know half the things I know now. I never knew even in health class, biology class, everything I’d gone through, that the female body has an ability to squirt.  (Rothman et al., 2015, p. 5)
We didn’t learn that much in school about sex education, so one has to look in porn magazines. But the only good thing is that you might learn a new way of having sex, kind of … (Löfgren-Martenson et Månsson, 2009, p. 6)

Transgression

L’usage de pornographie, ou d’un type de contenu spécifique, peut être transgressif en lui-même dans la mesure où l’activité peut être motivée par le désir d’aller à l’encontre de la norme dominante en termes de pratiques sexuelles, mais également pour renverser les rapports de pouvoir. Par exemple, les femmes vont faire usage de la pornographie mettant en scène deux hommes, car celle-ci peut sembler plus égalitaire : 

Kind of liberates you from those sorts of thing [i.e., the degradation of women] … because they’re the same sex, they have that equality. (McCutcheon et Bishop, 2015, p. 80)
As far as I’m concerned, porn is not only a way for people to jerk off, but also—specially when it comes to every kind of non-normative porn and post-porn, I can see it as a kind of technology, practices and behaviours that challenge the way we have sex and relate. It can also represent a way of resistance. (Smith, Attwood et Barker, 2014, p. 15)

La pornographie permet d’explorer les limites et certains tabous liés à la sexualité et d’avoir accès à des contenus qui peuvent parfois être jugés négativement : 

I suppose the other reason that I find it appealing is that it’s still naughty. I lead such a tame life that this dirty pleasure is an outlet for me. (Smith, Barker et Attwood, 2015, p. 22)

La motivation transgressive à l’usage de pornographie ressort dans trois des quatre études s’étant intéressées à un échantillon exclusivement féminin. À cet effet, l’étude de Scarcelli (2015) précise que l’usage de pornographie vise la transgression d’une limite entre le masculin et le féminin. 

Protection

Quoique relevé moins fréquemment dans les articles qui composent le corpus, l’usage de pornographie peut également être motivé par un désir de se protéger contre les risques inhérents à la rencontre d’autrui et aux contacts sexuels, mais également au jugement pouvant être associé à l’usage de matériel sexuellement explicite en général ou de certains types particuliers de matériel :

J’ai déjà été rejeté et je ne veux pas être rejeté encore. L’idée de sortir et d’avoir du sexe avec d’autres hommes représente un risque trop fort que je sois rejeté encore. (Corneau, Rail et Holmes, 2010, p.207)

La pornographie permet une sexualité en solitaire, limitant ainsi les conséquences potentielles d’aller à la rencontre de l’autre, incluant le rejet. De plus, Internet offre un environnement qui diminue l’embarras des usagers de pornographie : 

The internet was so convenient because in the real world you have to have the guts to ask for and buy such materials. It is embarrassing to browse for these things in a magazine store. (Austria, 2007, p. 56)

Discussion et conclusion

Dans l’ensemble, l’analyse des résultats des études qui composent le corpus a fait ressortir plusieurs motivations à l’usage de pornographie, nommément des motivations intrinsèques et extrinsèques. D’abord, relativement aux motivations intrinsèques, l’usage de pornographie, au dire des participants aux différentes études, fait office d’exutoire et de divertissement, elle permet de passer le temps, de meubler l’ennui et de réduire l’anxiété et les facteurs de stress. Ensuite, l’usage de la pornographie vise également la satisfaction sexuelle puis l’exploration fantasmatique et identitaire. La satisfaction sexuelle immédiate est fréquemment mentionnée par les usagers de pornographie et la motivation liée à l’exploration fantasmatique et identitaire relève davantage de la découverte de ses préférences; elle renvoie à l’activation de son univers fantasmatique et/ou à la confirmation des objets d’attirance. Ces motivations ont toutes pour sujet central l’individu et son épanouissement alors que les motivations extrinsèques se déclinent dans le lien à l’autre.

Parmi les motivations extrinsèques on retrouve la création ou le renforcement du lien social ou affectif, c’est-à-dire que l’usage permet de substituer ou de tisser des liens affectifs ou amicaux ainsi que de bonifier des liens déjà existants, et ce, en dyade, en couple ou en groupe. L’usage de pornographie, dans ce cas précis, ne vise pas la satisfaction individuelle, mais sert davantage le lien amical et social (Löfgren-Martenson et Månsson, 2009; Smith, 2013). Ces constats ne sont pas sans rappeler les résultats de certaines études quantitatives qui ont fait ressortir que les motivations pour l’usage de pornographie sont plus souvent d’ordre relationnel qu’individuel (Paul et Shim, 2008). En outre, la pornographie ferait office d’outil d’éducation à la sexualité et son usage serait motivé par un désir d’augmentation du savoir et du savoir-faire sexuels. Les conclusions d’études quantitatives à ce propos soutiennent d’ailleurs que l’usage de pornographie remplit certaines fonctions éducatives et informatives (Albury, 2014; Hald, Smolenski et Rosser, 2013; Nelson, Leickly, Yang, Pereira et Simoni, 2014Tanton et al., 2015). La motivation de transgression quant à elle parle d’un usage de pornographie perçu par ses utilisateurs comme allant à l’encontre de la norme dominante par rapport au public cible de la pornographie mais également aux contenus visualisés. Certains utilisateurs y voient une motivation transgressive, estimant qu’ils ne sont pas le public cible de la pornographie pour diverses raisons dont leurs caractéristiques identitaires. D’autres mentionnent que l’aspect transgressif de l’usage de pornographie réfère davantage aux contenus pornographiques visualisés, par exemple aux relations sexuelles entre gens de même sexe pour un auditoire hétérosexuel. Finalement, la motivation de protection a démontré que l’usage de pornographie peut également être motivé par un désir de se protéger contre les risques encourus par la rencontre d’autrui, tant en matière de santé que de rejet potentiel, mais également en ce qui a trait aux jugements pouvant découler d’une recherche de matériel sexuellement explicite tout comme celle d’informations sur la sexualité. Notons également que nos résultats mettent en lumière le fait que les motivations de protection et de transgression ne semblent pas documentées dans certaines études quantitatives sur le sujet des motivations pour l’usage de la pornographie (Paul et Shim, 2008), d’où l’apport des études qualitatives d’auditoires recensées dans cet article.

Mais au-delà de la description des thèmes ayant émergés de la métasynthèse, une lecture transversale des motivations identifiées a permis d’approfondir la compréhension du phénomène en mettant à jour certaines tendances qui se déclinent en lien avec l’orientation sexuelle et le sexe, plus spécifiquement une récurrence notable des motivations de protection et de transgression dans les études dont les échantillons étaient composés d’individus non exclusivement hétérosexuels ou de femmes. Un examen plus approfondi des éléments sous-jacents a également permis de mettre en lumière que l’usage de pornographie peut servir d’assise à un processus réflexif quant à l’adhésion et/ou la résistance aux normes.

En premier lieu, on observe que la motivation d’exploration fantasmatique et identitaire ressort davantage dans les études où les participants s’identifient comme non hétérosexuels ou non exclusivement hétérosexuels. On peut penser que compte tenu de l’hétéronormativité1 tant dans l’espace public que dans les médias, et ce, que ces derniers soient commerciaux ou alternatifs (Craig, McInroy, McCready et Alaggia, 2015; Davis, 2008; Lewis et Ng, 2013; Paceley et Flynn, 2012; Schilt et Westbrook, 2009), ainsi que du nombre restreint de lieux de socialisation, les minorités sexuelles se tournent vers la pornographie pour découvrir des objets d’attirance et valider leur identité. En effet, la pornographie donne accès à des représentations d’une sexualité non exclusivement hétérosexuelle, sexualité moins représentée dans les médias conventionnels (Arrington-Sanders et al., 2015; Harper, Serrano, Bruce et Bauermeister, 2016; Kubicek, Carpineto, McDavitt, Weiss et Kipke, 2011; McKie, Lachowsky et Milhausen, 2015). Par ailleurs, tel que mentionné précédemment, puisque l’une des motivations pour l’usage de la pornographie est l’apprentissage et l’information, il est envisageable que si la pornographie fait office de source d’éducation sexuelle, dénotant peut-être un manque à combler à cet effet, elle peut offrir les mêmes avenues et plus encore pour les groupes dont la sexualité est peu ou pas abordée par les canaux usuels ou officiels d’éducation sexuelle, si canaux il y a. Cette tendance est également confirmée par la motivation de protection qui à son tour semble plus prégnante dans les études menées auprès d’un échantillon non exclusivement hétérosexuel. La motivation de protection procure aux individus non exclusivement hétérosexuels la potentialité d’éviter le jugement d’autrui pouvant résulter de questionnements sur la sexualité ou de la recherche de matériel sexuellement explicite mettant en scène une sexualité qui ne s’inscrit pas dans la norme dominante hétérosexuelle. Ce serait donc autant l’évitement d’un jugement potentiel que l’absence de modèles qui motiveraient le recours à la pornographie comme source d’information alternative préservant l’anonymat. Les avantages de cet anonymat font écho aux résultats d’autres études qui ont documenté les bénéfices qui peuvent découler du caractère privé de l’usage de pornographie (Svedin, Åkerman et Priebe, 2011). Les résultats nous montrent également que le champ est complexe en ce qui concerne la dichotomie public/privé. L’usage de la pornographie peut en effet être motivé par un désir de transgresser, de se protéger, d’apprendre, mais le tout peut se dérouler dans un contexte en retrait de la scène publique où l’hétéronormativité peut continuer à sévir et où l’individualisme représente un discours dominant (Corneau, Rail et Holmes, 2010).

Par ailleurs, les motivations extrinsèques pour la consommation de la pornographie semblent s’orienter autour de l’adhésion ou de la résistance aux normes dominantes. À cet effet, le maintien du lien et l’apprentissage et l’information s’inscrivent dans l’adhésion aux normes dominantes quant à la nécessité de contacts avec autrui pour des fins d’épanouissement sexuel. L’apprentissage et l’information visent le développement d’un savoir-faire sexuel qui se réalise dans la rencontre de l’autre. D’un autre côté, les motivations de transgression et de protection visent au contraire l’accès à du matériel qui ne s’inscrit pas dans la norme dominante et à une activité jugée négativement en fonction du groupe auquel on appartient ou la protection contre un jugement encouru par ceux qui ne s’y inscrivent pas. À ce propos, la motivation transgressive pour l’usage de la pornographie ressort particulièrement dans deux échantillons exclusivement féminins. On peut penser que l’usage de la pornographie par un public féminin soit en contradiction avec la perception d’un matériel sexuellement explicite par et pour les hommes. Ainsi, une perception différenciée en fonction du sexe, des besoins, des goûts et des intérêts en matière de sexualité pourrait amener les femmes à considérer que l’usage de la pornographie est transgressif et ne reflète pas la tendance féminine. D’ailleurs, la motivation de satisfaction sexuelle n’a pas été mentionnée dans les études dont l’échantillon est exclusivement féminin. Ce discours, possiblement intériorisé et endossé par certaines femmes, pourrait amener celles-ci à voir plus fréquemment que leurs homologues masculins des motivations transgressives dans leur usage de pornographie, celles-ci pouvant être liées au fait que l’usage de pornographie semble plus accepté, reconnu, prévalent et acceptable pour les hommes que pour les femmes, et ce autant socialement que scientifiquement (Paul et Shim, 2008; Schauer, 2005; Vanden Abeele, Campbell, Eggermont et Roe, 2014). À cet effet, l’usage peut revêtir une fonction transgressive d’appropriation d’un champ considéré comme plus masculin. Les propos recueillis par Neville (2015) auprès de femmes qui font usage de pornographie gaie abondent dans ce sens, c’est-à-dire que l’usage de pornographie peut parfois revêtir un caractère transgressif du fait qu’elles s’adonnent à une activité perçue comme « illicite » : 

A smaller but significant proportion of respondents speculated that their enjoyment of m/m pornography might be related to the « taboo » nature of gay sex—both the fact that it was sex that they themselves would « never get to experience » and probably « shouldn’t be watching. » (Neville, p. 199) 

Limites et pistes d’investigations pour des recherches ultérieures

D’abord, notons que les constats de la métasynthèse sont tributaires des études qui en composent son corpus, il est donc essentiel de faire état des limites de celles-ci. Avant toute chose, plusieurs des études analysées n’explicitent pas leur compréhension du terme « pornographie. »On peut penser que l’usage de matériel sexuellement explicite en provenance d’internet, en tenant compte de l’anonymat conféré par l’interface, puisse protéger davantage les individus contre les jugements encourus, contrairement à d’autres médias. De plus, les contenus sexualisés disponibles en ligne étant variés et parfois plus explicites, la perception de transgression pourrait être plus importante. Il importe donc de définir ce qui est entendu par pornographie et par le fait même le matériel inclus.

Deuxièmement, l’absence d’information sur le type de pornographie utilisé dans certaines des études recensées ne permet pas d’analyser des convergences ou des divergences entre les motivations d’usage selon le type de pornographie utilisée. Il serait donc pertinent d’étudier davantage le lien entre les motivations à l’usage et les contenus recherchés. Par exemple, on peut penser que l’usage d’une pornographie plus nichée, non exclusivement hétérosexuelle ou mettant en scène des pratiques sexuelles moins répandues puisse répondre davantage à une motivation transgressive ou de protection que l’usage d’une pornographie plus commerciale. Par ailleurs, ces études n’ont pas investigué si l’usage de pornographie était ou non accompagné d’activités masturbatoires. L’usage de pornographie avec ou sans activités masturbatoires peut être motivé par différents objectifs. À titre d’exemple, on peut penser que l’usage de pornographie avec activités masturbatoires soit davantage motivé par la satisfaction sexuelle. Ces divers éléments permettraient une compréhension plus approfondie des motivations pour l’usage de la pornographie et bonifieraient des recherches ultérieures sur la thématique.

Troisièmement, plusieurs des études qui composent le corpus n’adressent pas les variables liées à la religiosité, la culture ou l’ethnicité. Pourtant, celles-ci pourraient également avoir une influence sur les motivations rapportées et permettraient d’approfondir l’analyse des fonctions attribuées au matériel sexuellement explicite. À ce propos, la plupart des études recensées ont été réalisées dans un contexte occidental, ce qui pourrait avoir une influence sur les conclusions tirées de la métasynthèse. Il est possible de croire que, dans un contexte où l’usage de pornographie est plus accepté et normalisé socialement, l’aspect transgressif soit moins présent. Il serait donc pertinent d’en tenir compte dans des études ultérieures et de diversifier les lieux de collecte de données, tout comme les milieux socioéconomiques. De plus, les études recensées s’intéressent principalement aux adolescents et/ou aux adultes émergents alors qu’on pourrait envisager que les motivations pour l’usage de pornographie varient selon l’âge des consommateurs. Par exemple, les motivations liées à l’apprentissage et à la bonification du lien social, principalement en ce qui a trait aux pairs, pourraient être moins présentes chez les usagers plus âgés. Il serait intéressant d’explorer plus en profondeur les motivations d’usage de pornographie chez l’adulte d’âge médian et les personnes plus âgées.

En conclusion, l’analyse critique transversale des résultats de la métasynthèse nous montre que l’usage de pornographie est pour certains motivé par des considérations sociales et politiques où le pouvoir et les normes dominantes côtoient des éléments plus individuels de gratification personnelle. L’usage de pornographie peut être motivé par la transgression de normes mais il peut aussi être un véhicule normatif apte à façonner les normes à son tour. De plus, comme le démontre l’analyse, certaines motivations diffèrent en fonction de leurs propriétés intrinsèques et extrinsèques ainsi que du sexe et de l’orientation sexuelle. Cette tendance met en lumière l’importance de tenir compte de ces différences dans des études futures, autant quantitatives que qualitatives, sur les impacts de l’usage de matériel sexuellement explicite, car il est possible que certains impacts diffèrent également en fonction des motivations énoncées par divers auditoires. À cet effet, des études qui développent, proposent et valident différentes échelles de mesures liées aux diverses motivations pour l’usage de la pornographie seraient d’une pertinence incontournable afin d’approfondir ce champ de recherche. 

Note 

1. Primauté de l’hétérosexualité comme norme de référence de base en termes de comportements sexuels considérés comme étant acceptables (Horincq, 2004; Mellini, 2009).

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